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Serge Gainsbourg : "Initials B.B."
Et Dieu créa la femme

vendredi 17 décembre 2010, par Jérôme Delvaux

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« Ce fut un amour fou – un amour comme on en rêve – un amour qui reste dans nos mémoires et dans les mémoires. Aujourd’hui encore, quand on parle de Gainsbourg, on lui associe toujours Bardot, malgré toutes les femmes qui ont jalonné sa vie et tous les hommes qui ont partagé la mienne. De ce jour, de cette nuit, de cet instant, aucun être, aucun autre homme ne compta plus pour moi. Il était mon amour, me rendait la vie, il me faisait belle, j’étais sa muse. » (Brigitte Bardot dans son autobiographie, Initiales B.B.)

L’idylle de Gainsbourg et Bardot, brève mais – on le comprend – intense, a profondément marqué l’inconscient collectif de la fin des sixties. A part peut-être la passion dévorante d’Alain Delon et Romy Schneider, quelle autre histoire d’amour a fait couler autant d’encre, alimenté tant de conversations, et, surtout, influencé à ce point en profondeur les mœurs de son époque ? Cette union du plus flamboyant sex-symbol des années 60, encore mariée au milliardaire allemand Gunter Sachs, avec un chanteur provocateur laid comme un pou avait quelque chose de surréel, unique et intrigant. Mais comme la muse s’en explique elle-même, l’attirance physique est éphémère : ce sont le charme, l’intelligence, l’humour et le talent de Gainsbourg qui la feront succomber.

Tout commence en 1967 au départ d’un simple coup de fil du chanteur à celle qui est encore, à 33 ans, l’actrice française la plus connue au monde. En plus du cinéma, elle chante et a déjà trois albums à succès à son actif. A l’autre bout du fil, la voix de Gainsbourg est tremblante, hésitante. Il a écrit une ou deux chansons pour elle et souhaiterait les lui présenter. A-t-elle un piano ? Oui. Un rendez-vous est fixé le soir même, chez elle, dans son hôtel particulier du seizième arrondissement de Paris. Il lui joue Harley Davidson et le charme opère. Les deux artistes se revoient plusieurs soirs de suite, pour répéter. Il joue sur son vieux piano, elle chante et ils boivent du champagne, beaucoup de champagne. Une complicité nait peu à peu. Les bulles sont là pour briser la glace car Gainsbourg se montre extrêmement timide, persuadé que Bardot est inaccessible, que cette femme fatale, d’une beauté et d’une sensualité insondables, est beaucoup trop bien pour lui.

Un soir pourtant, après une séance de travail, Brigitte, mariée mais en mal d’amour, prend furtivement la main de Serge sous la table du restaurant où ils dînent avec un couple d’amis.
« Ma main dans la sienne provoqua à l’instant même un choc de part et d’autre, une soudure interminable et interminée (sic), une électrocution ininterrompue et incontrôlable, une envie de broyer, de se fondre, une alchimie magique et rare, une impudeur pudiquement infinie. Ses yeux rejoignirent les miens et ne les quittèrent plus : nous étions seuls au monde ! Seuls au monde ! » [1]

Les tourtereaux entament alors quelques mois d’une passion enflammée – et très peu discrète – qui défraie la chronique. Ils vivent leur amour au grand jour, s’affichent effrontément partout, dans les fêtes, les restaurants que fréquente le Tout-Paris. Gunter Sachs, le mari lésé, prend très mal cette trahison. Il reproche à Bardot de l’humilier en se montrant en public au bras de ce « type affreux ». Mais elle s’en contrefiche.
Nuit après nuit, entre deux étreintes, elle lui inspire des chansons magnifiques. Dont Bonnie & Clyde, basée sur le script du film qu’ils viennent de voir dans lequel Warren Beatty et Faye Dunaway crèvent l’écran.
C’est aussi sous l’impulsion de sa muse, dans cette période de folle passion, que Gainsbourg crée ce qui constitue peut-être l’œuvre de sa vie. Au terme d’un torride corps à corps, B.B. lui demande au creux de l’oreille de composer pour elle la plus belle chanson d’amour jamais écrite. Il s’attèle à la tâche et parachève Je t’aime… Moi non plus en une seule nuit. A son réveil, il la lui joue, elle pleure, lui aussi. Elle l’enregistrera à ses côtés, dans une atmosphère d’intense émotion, feignant sensuellement l’orgasme en studio (de ses propres dires, la rumeur tenace selon laquelle ses gémissements de plaisir ne sont pas simulés est fausse).
La chanson est magnifique, son interprétation incroyablement habitée et un succès colossal se dessine. C’est toutefois oublier un peu vite l’infortuné Gunter Sachs, qui pique une crise de colère de plus lorsqu’il est mis au courant que sa femme s’apprête à laisser sortir cette chanson officialisant son adultère. Il menace Bardot d’un divorce assorti d’un scandale mondial qui ternirait à jamais sa réputation. Elle cède face à la pression et intervient auprès de la firme Philips pour qu’elle annule en dernière minute la sortie du disque. La chanson scandaleuse ne figurera pas non plus sur le LP Bonnie & Clyde, compilation d’anciennes chansons de B.B. (comme La Madrague) et de nouveaux titres écrits par Gainsbourg ; elle est tout simplement bannie, oubliée, enterrée… Du moins Bardot le croit-elle.

L’auteur ressent une certaine amertume de devoir laisser de côté un morceau aussi abouti, mais il accepte avec son élégance habituelle de renoncer au projet pour ne pas déplaire à sa sulfureuse maîtresse. Leur passion touche de toute façon à sa façon à sa fin lorsque, la mort dans l’âme, B.B. délaisse son amant (et son mari) pour un tournage en Espagne, à Almeria. Elle s’est engagée à jouer le premier rôle féminin dans Shalako, un film d’Edward Dmytryk avec Sean Connery et Stephen Boyd. Gainsbourg a un mauvais présentiment au moment de son départ. Ses craintes sont confirmées quelques jours plus tard lorsqu’il découvre dans la presse à scandales des photos de Bardot et Stephen Boyd tendrement enlacés. Il ne s’agit pas d’une scène du film mais d’un cliché volé, durant une pause, pendant le tournage. Bardot jurera que l’acteur n’a jamais été son amant et qu’il ne faisait que la réconforter lors d’un moment de déprime, mais le mal est fait. Ses deux hommes vivent cette publication comme un douloureux affront. Sachs demande le divorce. Gainsbourg, lui, écrit à sa muse une longue lettre triste, pleine d’amertume. Leur couple se meurt, et l’arrivée de Jane Birkin dans le jeu en scellera définitivement la fin.

C’est dans ce contexte que Serge écrit la chanson Initials B.B., une merveille de pop orchestrale et un hymne nostalgique qui glorifie à jamais une déesse adorée. La chanson sera placée en plage d’ouverture de l’album du même nom – son huitième, qui sort fin 68. On y retrouve également deux duos du compositeur et sa belle : Comic strip, une friandise pop littéralement écrite entre deux bouteilles de Dom Pérignon, et la plus ambitieuse Bonnie & Clyde. Les autres chansons, enregistrées entre Paris et Londres, datent de la même époque et appartiennent à ce que la pop française a connu de mieux. Docteur Jeckyll & Monsieur Hyde, Bloody Jack, Ford Mustang, Black and white, Qui est ‘in’ ? Qui est ‘out’ ?, Marilu, ou encore Hold-up sont autant de titres emblématiques de cette époque dorée où les orgues psychés et les chœurs yé-yé ne dénotaient pas en compagnie d’arrangements orchestraux classieux. Sans même souligner la qualité des textes, absolument uniques.

Les initiés pourront toujours longuement délibérer afin de tenter de désigner le meilleur disque sorti par Gainsbourg dans les années 60. Initials B.B. est assurément un prétendant de taille à cette distinction, et ce en étroite compétition avec son successeur, l’album sobrement intitulé Jane Birkin & Serge Gainsbourg – sur lequel est dévoilé Je t’aime… Moi non plus, version Birkin. Les deux ont en commun d’avoir été inspirés par la passion de Gainsbourg pour celles qui furent les deux femmes de sa vie, celles qui ont chanté avec lui le plus beau des hymnes à l’amour. Avec toutefois une certitude, au moment de départager les sillons : si Initials B.B. avait pu comporter la première version de ce tube, son 33 tours décrocherait la palme haut la main.


[1] Dans Initiales B.B., éditions Grasset.



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Jérôme Delvaux





Il y a 20 contribution(s) au forum.

Serge Gainsbourg : "Initials B.B."
(1/18) 7 juillet 2014, par Pamela1
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(2/18) 28 mai 2014, par madhu
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(3/18) 9 mai 2014, par Julien99
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(4/18) 23 août 2013, par judiagustin
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(5/18) 3 juillet 2013, par Anthony
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(6/18) 2 juillet 2013
Serge Gainsbourg : "Initials B.B."
(7/18) 4 avril 2013, par sandra
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(8/18) 30 mars 2013, par CMPunk
Serge Gainsbourg : "Initials B.B."
(9/18) 30 mars 2013, par CMPunk
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(12/18) 22 mars 2013, par Amla
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(13/18) 22 mars 2013, par Amla
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(14/18) 12 mars 2013, par Smith
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(15/18) 29 novembre 2012, par weng
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(16/18) 21 janvier 2012
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(17/18) 18 décembre 2010
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(18/18) 17 décembre 2010, par R.T.




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7 juillet 2014, par Pamela1 [retour au début des forums]

Vous procurez votre argumentation avec limpidité. Bravo pour votre billet. Pamela du comparatif banques 2014

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9 mai 2014, par Julien99 [retour au début des forums]

Salut, je tiens à préciser le fait que votre post s’avère être très plaisant à parcourir. Julien ; de chez monte escalier

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23 août 2013, par judiagustin [retour au début des forums]

Les deux artistes se revoient plusieurs soirs de suite, pour répéter. Il joue sur son vieux piano, elle chante et ils boivent du champagne, beaucoup de champagne. Une complicité nait peu à peu.
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3 juillet 2013, par Anthony [retour au début des forums]

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29 novembre 2012, par weng [retour au début des forums]

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21 janvier 2012 [retour au début des forums]

il n’y a pas une date ! vraiment chiant !

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18 décembre 2010 [retour au début des forums]

Et aujourd’hui elle vote FN :/
La vieillesse est un naufrage comme disait l’autre homme à tête de chou.

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Serge Gainsbourg : "Initials B.B."

17 décembre 2010, par R.T. [retour au début des forums]

Merci ! Belle chronique pour un bien beau disque. Excepté Black and White, qui est peut-être la plus mauvaise chanson écrite et interprétée par Gainsbourg, et Shu BA Doo BA Lu Ba dans une moindre mesure, tout le reste de l’album est merveilleux...et totalement unique dans le paysage français il me semble.

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