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Gary Numan : "Metal Rhythm"
Orange mécanique

mardi 22 février 2005, par Albin Wagener

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Il y a des artistes qui disposent d’un talent naturel pour se tirer dans le pied au plus fort de leur carrière. Après quelques albums boudés par les critiques au milieu des années 80, car trop expérimentaux et nettement moins abordables que des tubes comme Cars ou Are friends electric ?, le pionnier des musiques électroniques revient en 1988 avec un album enfin encensé par les critiques outre-Manche. Le NME dira que "Gary Numan n’est pas Dieu, mais est bien moins prétentieux que Bono et bien meilleur parolier que Morrissey". Rien que ça. Après la cold-wave, voici le cold-funk cher à Numan qui influencera une grande partie de la scène gothique d’aujourd’hui.

Metal Rhythm est une perle dynamique et corrosive qui se situe quelque part entre funk métallique et pop industrielle. Autant dire qu’à nouveau, Gary Numan s’amuse à faire tomber les barrières entre les genres - cela ne lui pose aucun problème de faire intervenir un solo de saxophone sur un morceau indus aussi minimal que Hunger, ni des chœurs féminins d’ailleurs, qui tentent de réchauffer le blizzard provoqué par l’album. Les sonorités synthétiques de l’album sont en générale froides et schizoïdes, ce qui n’est pas incompatible avec la personnalité du chanteur, souvent boudé par la presse de la perfide Albion pour son caractère si particulier, influencé par une légère forme d’autisme (syndrôme d’Asperger) dont souffre l’artiste. Cela ne l’empêche toutefois pas de composer un album important dans l’évolution des musiques électro-industrielles ; il n’est d’ailleurs pas anodin de remarquer que Trent Reznor cite régulièrement Numan comme une de ses influences principales, et les sonorités développées dans ce Metal Rhythm rappellent d’ailleurs étrangement les beats sévères présents dans le premier album de Nine Inch Nails, Pretty hate machine, qui sortira d’ailleurs un an plus tard.

Tout au long du onzième album de ce génie prolifique, des snare drums agressives se mêlent à une espèce de je-ne-sais-quoi plutôt funky qui n’est pas sans rappeler les instrumentations de Prince sur des titres comme Sign ‘O’ the times. Mais si cette célébration mécanique accouche de véritables hymnes presque fusion comme New anger ou Young heart, les thèmes abordés sont nettement plus sombres. A une étape avancée de sa carrière, Numan ne sait plus véritablement où il en est : la célébrité, le sexe, la crédulité des fans et les questionnements intérieurs le taraudent et ne font qu’annoncer sa débandade tant personnelle que professionnelle du début des années 90. Tout paraît futile au pape des musiques électroniques : dans Devious, il s’attaque aux rumeurs colportées par la célébrité ("i remember one girl, she’d only make friends in expensive cars"), et dans This is emotion, Numan tente de rechercher des émotions qu’il n’arrive plus à trouver dans la mécanique trop glacée de son quotidien ("look left, there’s nothing over there but vengeance, look right, there’s nothing over there but greed"). Dans le sarcastique Young heart, Numan dépeint la stupidité des filles avec lesquelles il passe ses nuits sans toutefois y trouver le réconfort qu’il espérerait ("In a car, on the floor, up against the wall, with a friend or two, someone to watch it all"). La tonalité générale des paroles est désabusée et cynique, ce qui contribue à rendre l’album encore plus polaire qu’il ne l’est déjà par les sonorités utilisées.

Si Metal Rhythm accouche d’un single honorable (le démagogique mais irrésistible America), il est également la matrice d’une des plus sombres chansons jamais écrites par Numan, à savoir le désenchanté et poignant Voix, sur lequel Monsieur Webb chante "I don’t need opinions and rumours, I don’t need a voice in the dark, I don’t need to listen to strangers, I don’t need to tear out my heart", accompagné de guitares appuyées et de mélodies caverneuses. Sous couvert de rythmes binaires et de basses de marbre, Numan parvient à se livrer tout au long de cet album, en couvrant de cynisme cette hypersensibilité qui lui est propre ; une tension se développe tout au long de l’opus où l’on sent que le chanteur anglais cherche quelque chose qu’il n’arrive pas à atteindre. Si la fausse sérénité de Don’t call my name referme l’album sur un désespoir total et résigné, c’est l’avant-dernier titre Cold metal rhythm qui livre l’essentiel de la démarche musicale de Gary Numan, en proie à ses démons les plus obscurs : "this isn’t music, this is survival". Une devise qui inspirera plus tard bon nombre d’artistes qui décideront de faire de la musique une démarche d’introspection intime et presque psychanalytique d’eux-mêmes ou de la société qui les entoure (Marilyn Manson, Nine Inch Nails, Curve ou même Fear Factory et les Foo Fighters, pour ne citer qu’eux). Une chose est sûre : la démarche de Numan fera et fait encore des petits, et l’intensité qu’il mettait dans sa musique à cette époque ne se retrouve que dans l’ardeur écorchée de certains albums de métal, notamment. Pour le chantre des musiques industrielles, actuellement occupé à enregistrer son nouvel album Jagged Halo, c’est une reconnaissance plus que bienvenue.



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Albin Wagener





Il y a 2 contribution(s) au forum.

Samuel Colt : An American Gun Maker Case Solution
(1/2) 25 juin 2016, par John Martin
Gary Numan : "Metal Rhythm"
(2/2) 10 septembre 2015




Samuel Colt : An American Gun Maker Case Solution

25 juin 2016, par John Martin [retour au début des forums]

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Samuel Colt : An American Gun Maker Case Solution

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Gary Numan : "Metal Rhythm"

10 septembre 2015 [retour au début des forums]

There is no doubt od the talent of this man. His songs were big hits. - Dennis Wong YOR Health

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