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Killing Joke : "Extremities, dirt and various repressed emotions" Locomotive vers l’Enfer mardi 19 juillet 2005, par |
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Que c’est triste, une locomotive qui hurle. Si une fin du monde musicale existait, elle ressemblerait à ça : une sorte de brûlot infâme en forme de bourbier inextricable, une pluie de météorites sonores jamais entendus jusqu’alors, une véritable éruption venue directement de la bouche de l’enfer. Même si la bande à Jaz Coleman accusera le coup avec Pandemonium, cette espèce d’expédition vers le royaume d’Hadès débutera en 1990. Extremities, dirt and various repressed emotions, c’est avant tout l’histoire tonitruante d’une rencontre avec les entrailles de l’humanité.
Tout semble cogner, rutiler et brailler de tous côtés. On ne sait plus où on est vraiment, et les seuls repères existants sont les fûts possédés de Martin Atkins. Après un Outside the gate trop consensuel, Kililng Joke se devait de recadrer le tir en revenant vers ses premières amours. Et quelles amours ! On retrouve toute la bande inimitable : Geordie et ses riffs ravageurs, Raven et sa basse qui ressemble à s’y méprendre à un marteau-piqueur, et, surtout, Jaz Coleman se remet enfin à hurler, ce qui n’était plus arrivé depuis l’album Fire dances de 1983. Enregistré à Londres, surchauffé par un été caniculaire, cet album est difficilement descriptible. Les morceaux sont longs et martèlent leurs messages de fin du monde comme un hallali en direction de Lucifer. Et dans cet infernal retour aux sources, les thématiques choisies par Jaz sont à nouveau terriblement vindicatives : Age of greed et Money is not our God ciblent la société de consommation, Solitude explore les mondes abandonnés des tendances dépressives et The beautiful dead stigmatise la peur de la mort et la célébration des idoles défuntes. Vous avez parfaitement saisi : on ne s’amuse plus du tout, mais c’est précisément pour ça que Killing Joke existe. Et si Jaz Coleman se sent investi d’une mission mystique, c’est probablement pour son hypersensibilité colérique - "I feel hate, I feel hate, I feel hate, don’t be afraid to show your hate, HATE !". Ecrit comme ça, ça ne paraît pas bien méchant, mais il faut l’entendre pour le comprendre. Dans les entrailles des zones les plus sombres de l’âme humaine, cet album puise les cris les plus effrayants, les râles les plus expressifs qui soient. La musique se fait machine, et la machine se fait magie noire : la blague qui tue reprend tout son sens, puisque s’il est ici permis de rire, c’est surtout un rire jaune qui se dessine sur le visage de ce rock perdu quelque part entre le métal le plus barré et le garage le plus sale. Inside the termite mound est le parfait exemple de ce qui se passe sur cet opus cataclysmique : on a ici affaire à la fourmilière la plus pétrifiante de toute l’histoire du rock. Tout y est rauque, difficilement audible, brut et enflammé. Tout s’obscurcit par une sorte de fumée venue de tout en bas, notamment sur Extremities, le morceau le plus possédé de tout l’album, comme un acte d’exorcisme vaudou incontrôlable. Et même sur North of the border, qui paraît apporter une faible lueur d’espoir grâce à ses nappes synthétiques, on retombe très vite dans un sordide tunnel dont on ne voit toujours pas le bout. Mais la rage triomphante explose dans un feu d’artifice final nommé Struggle, précédé d’un énigmatique Kaliyuga (en référence à la religion hindouiste et aux origines ethniques du chanteur). Struggle, c’est le cœur de la forge, la bataille entre soi et soi-même, entre le bien et le mal ; une guerre qui vit larvée dans un univers de ténèbres sans issue, qui se termine dans un éclat de rire triomphant. Et si ça vous fait peur, c’est fait pour : la joie malsaine et dangereuse qui risque de transpirer de votre rictus figé après l’écoute de cet album en serait un ineffable témoignage. Les anges n’ont jamais existé, ou en tout cas ils ont vendu leur âme. Rappelez-vous ce que Jaz scande sur Slipstream : "just look at our faces, yes they say more than words, we’re so lost in our problems, we’re so lost in our world". Le désespoir fait rage, et la rage se fait courroux. Et si Killing Joke a été moins introspectif sur Democracy ou sur le dernier album éponyme, c’est qu’il nous aura prévenu avant de s’en prendre au monde. Prenez-en acte, car l’enfer est pavé de bonnes intentions. |
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Il y a 13 contribution(s) au forum. Killing Joke : "Extremities, dirt and various repressed emotions"
(1/6) 4 février 2008, par pollux Killing Joke : "Extremities, dirt and various repressed emotions"
(2/6) 13 janvier 2007, par Killing Phil Killing Joke : "Extremities, dirt and various repressed emotions"
(3/6) 25 novembre 2006 Killing Joke : "Extremities, dirt and various repressed emotions"
(4/6) 27 septembre 2005, par Youki Smayas > Killing Joke : "Extremities, dirt and various repressed emotions"
(5/6) 19 juillet 2005 > Killing Joke : "Extremities, dirt and various repressed emotions"
(6/6) 19 juillet 2005, par Jé |
Killing Joke : "Extremities, dirt and various repressed emotions" 25 novembre 2006, par Albin Wagener [retour au début des forums] Essayez Priceminister, je pense que vous pourrez l’y trouver... il doit être vendu d’occasion je pense.
Killing Joke : "Extremities, dirt and various repressed emotions" 27 septembre 2005, par Albin Wagener [retour au début des forums] merci, mais en fait, j’habite en France ! ceci dit, je suis luxembourgeois donc bon... ;)
> Killing Joke : "Extremities, dirt and various repressed emotions" 19 juillet 2005 [retour au début des forums] Killing Joke c’est fait pour jouer une fois la nuit tombée, dans une salle complètement fermée, étouffante et intimiste. Je sais pas à quelle heure ils passaient à Dour ni sur quelle scène, mais ça me semblait mal barré d’avance.
> Killing Joke : "Extremities, dirt and various repressed emotions" 19 juillet 2005, par Albin Wagener [retour au début des forums] effectivement, on en sait plus : Extremities sera le seul album à ne pas être remasterisé, pour des raisons que je ne connais pas. Cela dit, le son "foutoir brut" de la version d’origine participe grandement à l’ambiance fiévreusement dévastatrice de l’album. > Killing Joke : "Extremities, dirt and various repressed emotions" 19 juillet 2005, par Jé [retour au début des forums] Merci ! Cet album a pourtant bonne réputation, cette exception m’étonne. Il restera la version "foutoir brut" à se mettre sous la dent. > Killing Joke : "Extremities, dirt and various repressed emotions" 19 juillet 2005, par Reivoli [retour au début des forums] Je crois que c’est des raisons financières : le groupe s’est brouillé avec Martin Atkins, qui possède les droits de l’album. Sinon, c’est sûr que Extremities est un des meilleurs album de "la blague qui tue" (mais difficile à se procurer). La production est carrément naze mais n’empêche pas de se rendre compte de la grandeur des chansons et d’entendre les arpèges rongés par l’acide de ce cher Geordie... "Inside the Termite Mound" est l’un des morceaux les plus terrifiants jamais écris par Killing Joke et justifie à lui seul l’album. Véritablement flippant... Merci pour cette chronique ! > Killing Joke : "Extremities, dirt and various repressed emotions" 19 juillet 2005, par Albin Wagener [retour au début des forums] il ne nous reste plus qu’à faire pression sur Martin Atkins.
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