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Beach House : "Beach House"
Quand écouter un disque ?

samedi 1er septembre 2007, par Geoffroy Bodart

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La musique, ça ne s’écoute pas n’importe où, n’importe comment, n’importe quand. Il est clair que je laisse mes albums de Bon Jovi bien cachés lors de mes réunions mensuelles des pète-culs mal coiffés du Bra(bant) Wa(llon). Tout comme il est évident que j’évite Motörhead en voiture car je pourrais me laisser aller et exploser le moteur de ma petite Saxo, à 130 à l’heure sur l’autoroute. De la même manière, j’évite de me lancer dans un long monologue sur la symbolique des chiens et des cochons selon Pink Floyd, écoute à l’appui, en fin de barbecue avec les potes du rugby. Et surtout, je bannis à vie Evergrey de mon bureau, vu les ennuis qu’il m’a déjà causés. La musique, donc, pour être appréciée, nécessite un contexte favorable, parfois de bonnes prédispositions, un hic et nunc adéquat. Voici quelques exemples illustrés relatifs à ce premier album de Beach House.

Mode « il est onze heure du soir, on termine la bouteille de Montagne Saint-Emilion » ON. Alors, là, c’est le panard. Beach House va installer une de ces ambiances peinardes et reposantes, idéale pour profiter pleinement de ce jus de raisin amélioré, et propice à une détente tout aussi bonne pour le système cardio-vasculaire. Les rythmiques métronomiques (et pourtant, pas de boîte à rythmes à signaler), les nappes de clavier envoûtantes, cette guitare qui s’excuserait presque d’être là, cette voix tombée du ciel, tout participe à étoffer la bulle dans laquelle on s’enferme. L’endormissement n’est pas exclu, pour peu que l’album soit diffusé en boucle, et on vous garantit un sommeil de bébé. Chiante au point qu’on finit par pioncer, la musique de Beach House ? Non, absolument pas. Mais calme, reposante, et pleine de spleen.

Mode « p***** ! Je vais être en retard au boulot » ON. Là, ça va pas du tout. Avec cet album, on a surtout envie de vivre au ralenti, de traîner la patte en profitant de son bol de cacao, de s’étirer, de sourire dans le vide. Ecouter cette musique en courant, en étant pressé, c’est prendre le risque de voir le duo issu de Baltimore s’incarner et s’accrocher à votre dos, vous tirer en arrière, et vous mettre encore plus en retard.

Mode « couché dans l’herbe » ON. Rien d’autre que Apple orchard, la brise et le ciel bleu. Le clavier vous donne l’impression de flotter. Le chant de Victoria Legrand évoque en vous de lointains souvenirs empreints de mélancolie et de nostalgie. Et cette guitare vous file carrément l’envie de chialer. Le minimalisme des chansons fait écho au peu qu’il en faut pour s’abandonner dans une complète béatitude.

Mode « wouaw ! Quel orage » ON. Plus qu’un fond sonore, Beach House est une bande-son qui magnifie les ambiances de moments anodins. En profiter seul, à deux, entre amis, toujours en silence, religieusement.

Mode « Hé, les gars, on fait la teuf ? » ON. Euh... non.

Mode « journée de merde » ON. Vous imaginez le topo : journée pourrie, cavalé toute la journée, patron sur le dos, collègues à l’intellect de fœtus d’âne, embouteillages, factures, etc. On rentre, on s’affale dans le fauteuil et on a le choix : à ma gauche, High Voltage de AC/DC ; à ma droite, Beach House. Dans le premier cas, c’est parti pour une demi-heure d’air guitar, de gueuleries, et de suée. On en sort avec un sourire jusque derrière les oreilles et, pour peu qu’un voisin ait zyeuté par la fenêtre, vous voilà grillé à vie. Dans le second cas, vous ne bougerez pas de votre fauteuil, mais vous sentirez toute crispation vous quitter, vous respirerez profondément, vous pourrez vaquer à l’une ou l’autre occupation domestique sans pour autant rompre le charme. Bien meilleur qu’un Buddha Bar sans âme et sans cœur. Le choix n’est plus qu’une question de prédisposition ou d’envie du moment.

Mode « j’écoute ça au casque et je suis super-attentif » ON. Une fois, à la limite, pourquoi pas ? Mais ce n’est pas la chose à faire pour profiter comme il se doit de l’album. Se concentrer sur cette musique, c’est ouvrir la porte à des critiques portant sur le caractère répétitif des chansons, l’absence de surprises, et une certaine facilité à systématiquement user des mêmes ficelles. Autant d’objections a priori recevables, mais balayées dès lors qu’on a vraiment profité, ne serait-ce qu’une fois, de l’atmosphère onirique posée par ce disque radicalement méditatif.

Beach house est typiquement le genre de disque qui vous fait basculer en mode « No stress » ON.



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Geoffroy Bodart





Il y a 1 contribution(s) au forum.

Beach House : "Beach House"
(1/1) 7 juillet 2015




Beach House : "Beach House"

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I like the list of songs. It’s worth listening now. - Dennis Wong YOR Health

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