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Brian Wilson : "Gettin’ in over my head"
Souvenirs de plage

vendredi 27 août 2004, par Marc Lenglet

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Six ans après son dernier effort solo, Brian Wilson, l’un des plus grands génies de la musique populaire du XXe siècle revient avec un album trop résolument tourné vers le passé. Et le passé a beau être glorieux, il est vain de vouloir rechercher l’équation parfaite de la jeunesse alors qu’on n’en a plus les moyens physiques et artistiques…

Premier sujet d’étonnement : la voix de Wilson sonne juste, bien davantage que ce qu’on pouvait attendre de sa part. Sa capacité à pondre des mélodies à effet instantané paraît intacte, même si elle n’est pas toujours au service du bon goût (l’horrible Saturday night in the city et ses sonorités de kermesse au bord de la banqueroute). Mais cette première intuition positive se change bien vite en soupçons vis-à-vis de la qualité réelle de Gettin’ in over my head. On commence à entr’apercevoir les défauts de vieillesse de ce nouvel album. Les morceaux plus portés vers le rock sont anecdotiques, et les textes, niais au possible. Evidemment, c’était déjà un peu le cas de la musique des Beach boys. Si ce n’est que les Beach Boys étaient le reflet d’une époque, celle d’une Amérique naïve, optimiste et propre sur elle, et que quand il s’agissait de morceaux pop, ils n’avaient à vrai dire que les Beatles comme rivaux dignes de ce nom.

Même la présence sur le disque de nombreux monuments de la pop/rock anglo-saxonne ne change rien à l’affaire, sauf de donner rapidement à l’ensemble l’aspect d’un rassemblement de survivants des années 60. Eric Clapton pose quelques riffs corrects sur un très quelconque City blues. Sur A friend like you, le duo légendaire, perpétuellement ajourné, entre Wilson et Paul McCartney, passe complètement inaperçu. Et la collaboration d’Elton John sur How could we be still dancin’ ? ressemble décidément beaucoup à du Elton John des seventies. Comprenez : à une mauvaise soupe pop. Seule "l’intervention" de Carl Wilson, le frangin décédé du cancer en 1998, permet à Soul searchin’ de retrouver l’espace de quelques instants la grâce d’un Pet sounds.

Consciemment ou non, Brian Wilson parvient pourtant à jouer sur une forte fibre nostalgique, celle de la fraîcheur et de l’innocence perdue des Beach Boys. Les arrangements clinquants, la profusion de chœurs ensoleillés, la voix curieusement juvénile et la légèreté sentimentale font tout ce qui est en leur pouvoir pour nous persuader que la ligne du temps s’est arrêtée en 1965. On serait presque tenté d’y croire, si les chansons de Gettin’in over my head possédaient une véritable âme. A une ou deux exceptions près, les morceaux n’ont rien de chef-d’œuvres de pureté ou d’inventivité. Malgré une tenue de route plaisante, tout cela reste indigne de la stature de Brian Wilson. La volonté de donner dans le gentiment désuet tangue dangereusement sur la frontière entre nostalgie et radotage. Ce qui manque fondamentalement à Gettin’ in over my head en fin de compte, c’est un élément tangible apte à solidifier le plaisir d’écoute. Une fois évacuées les réminiscences émues de la musique des garçons de plage, on éprouve la nette impression de se trouver face à un album apparemment composé, non par dessus la tête, mais bien par dessous la jambe.

Oui, Brian Wilson a beaucoup perdu de son talent depuis la grande époque. Et pourtant, il en subsiste quelques éclats qui surnagent tout au long de l’album. Quand on a été un tel génie de la pop, même cramé du trolley comme c’est le cas de Wilson, il doit forcément en rester quelque chose. Et malgré les nombreuses carences de cette nouvelle réalisation, on prend bon gré mal gré une espèce de plaisir sénile à se replonger dans les sixties, comme si on les avait connues. La magie parvient encore à fonctionner dans l’ensemble mais cela tient plus à la bonne volonté et à la réceptivité de l’auditeur qu’à de véritables prouesses wilsoniennes. Il reste que Gettin’ in over my head propose des titres tout à fait écoutables, mais dont les accents doucement tristounets peinent à masquer le manque d’envergure et de vision. Gettin’ in over my head flotte dans une espèce de gloire fanée et pas tout à fait éteinte dont finalement, il n’est guère utile de tirer Brian Wilson aujourd’hui. Autant retourner écouter quelques bons albums de Beach Boys après avoir jeté un regard médical sur celui-ci.



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Marc Lenglet





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Brian Wilson : "Gettin’ in over my head"
(1/1) 10 août 2016




Brian Wilson : "Gettin’ in over my head"

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It was very exciting to hear that he was making a comeback with this new album. - Gary McClure

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