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Cranes : "Future Songs"
Un court moment de flottement...

dimanche 9 mai 2004, par Jérôme Prévost

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Attendu pendant quatre ans, le huitième album des Cranes est sorti discrètement fin 2001. Discrétion : un mot qui s’accorde bien à l’univers du groupe, à l’origine formé simplement d’Alison Shaw et de son frère Jim. Après avoir quitté le milieu musical pendant quelque temps, le duo revint aux sources avec un disque très intimiste, très personnel, et pourtant expérimental.

Comment définir les Cranes pour toute personne n’en ayant jamais entendu parler ? Car depuis leurs débuts à Portsmouth en 1986, le groupe reste encore inconnu de beaucoup de gens - les fans de Cure, eux, doivent garder un souvenir précieux de la présence des Cranes en première partie du Wish Tour de 1992. La marque distinctive du groupe, c’est la voix d’Alison Shaw, très différente de tout ce que vous avez pu entendre. On a souvent cité Liz Fraser (Cocteau Twins) ou Lisa Gerrard (Dead Can Dance) pour l’étrangeté, mais cela n’a rien à voir. Les journalistes anglais se sont essayés à définir la voix d’Alison : "son brin de voix vrille comme une volute de fumée à travers laquelle on passerait une main" ; "sa technique vocale pourrait se décrire comme un bébé dans une boîte à outils, un murmure foetal, Minnie Mouse sous hélium..." ; "sa voix pourrait être celle du fantôme d’un enfant enfermé dans le grenier d’un manoir abandonné, ou peut-être les pleurs réprimés de l’enfant enfermé dans le subconscient de chacun d’entre nous". Que de métaphores, me direz-vous, alors qu’il ne s’agit que de se laisser porter par une émotion ! Oui, mais il se trouve que la première émotion à l’écoute des Cranes est souvent "j’aime / j’aime pas"... Cette voix a quelque part condamné le groupe à un style sombre et éthéré, dont leurs albums furent de parfaites réalisations, notamment Forever (1993) et Loved (1994). Suite à un album assez orienté guitare en 97, Population Four, le groupe a quitté le label Dedicated qui les hébergeait depuis toujours. Jim s’est retourné vers son gagne-pain quotidien, et Alison s’est tournée vers une école d’art dramatique. Un silence radio cache le fait que nos deux anglais montent leur propre label, Dadaphonic, et qu’ils enregistrent un disque tranquillement avec l’aide de personne.

Autoproduction rime parfois avec sécheresse musicale. Ici, c’est tout l’inverse : une impression d’espace se dégage de tout le disque. On croise des chansons lentes et apaisées, où domine la guitare acoustique (Future Song, qui ouvre le disque, ou Sunrise, où la voix d’Alison baigne dans un écho). D’autres ne dépareilleraient pas dans une bande originale à la tonalité presque trip-hop, comme l’enchaînement Submarine / Flute Song, et surtout Don’t Wake Me Up, rythmée par des sons et samples qui rappellent la démarche de Radiohead sur Idioteque. L’impression laissée par ce titre est amplifiée par Fragile, porté par une rythmique presque dub et ce mot répété à l’infini par Alison. Certains titres sont légers, tels Driving in the Sun qui pourrait être un beau single poppy, et Even When, qui serait son pendant mélancolique. De même, on trouve deux instrumentaux : l’un industriel bruitiste, Eight, conforme au style de leurs débuts, l’autre presque rêveur, Everything For, mené par une guitare que l’on jurerait jouée par Robert Smith.

Cet album est plus subtil qu’il n’y paraît - plutôt que de vous faire une forte impression du premier coup, il fait progressivement son effet. Tout comme c’est le cas pour le Cure période Disintegration, les Cranes ne sont pas le style de groupe que vous pouvez réellement écouter en faisant autre chose. Il faut se poser et se laisser porter... La position dans laquelle on se retrouve alors est d’un confort tout relatif, mais a-t-on toujours besoin d’être rassuré lorsqu’on écoute un disque ?

Si vous voulez tenter l’aventure en concert, les Cranes seront à Bruxelles le 22 mai au VK, et à Paris à la Locomotive le 1er juin. Peut-être tomberez-vous sous leur charme étrange... Pour les autres, leur nouvel album Particles and Waves sort le 4 juin, et semble poursuivre la direction prise avec Future Songs. Il est encore temps de prendre le train en marche.

A noter qu’est sorti en 2002 un EP, Submarine, composé d’excellents remixes par notamment Thin Men, Jack Dangers de Meat Beat Manifesto et Dimitri Tikovöi.



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Jérôme Prévost





Il y a 2 contribution(s) au forum.

Cranes : "Future Songs"
(1/2) 11 novembre 2016
Cranes : "Future Songs"
(2/2) 30 novembre 2006, par jeremy




Cranes : "Future Songs"

11 novembre 2016 [retour au début des forums]

It was a big surprise when they made a com back. And this album was a big hit then. - Morgan Exteriors

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Cranes : "Future Songs"

30 novembre 2006, par jeremy [retour au début des forums]

Certes...mais...concrêtement de quoi traitent les textes de l’album ???

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