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Einstürzende Neubauten : "Perpetuum Mobile"
... ou comment ne pas tourner en rond

samedi 21 août 2004, par Jérôme Prévost

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Si pour vous, la musique industrielle est représentée par VNV Nation, révisez vos classiques. Neubauten est l’essence même de ce qu’est le rock industriel : fabrication d’instruments à partir d’objets plus ou moins quotidiens, détournement d’instruments classiques, expérimentations vocales et bruitistes... Si les différents morceaux de métal et de plastique utilisés ont comme toujours beaucoup souffert en studio, le processus de fabrication du CD a lui aussi subi des affres au moins aussi caricaturales. Le résultat est pourtant particulièrement délicat.

Après en avoir parlé pendant de nombreuses années, les membres d’Einstürzende Neubauten ont décidé en 2002 de produire et de distribuer leurs disques de manière indépendante. Ils ont pour cela ouvert une souscription auprès des fans. Pour $35, ceux-ci pouvaient suivre sur le site officiel des live broadcasts du groupe en train de répéter et d’enregistrer, leur poster des commentaires et poser des questions sur un forum, télécharger des MP3, et finalement obtenir un album totalement inédit, appelé simplement Supporter Album #1. La production de celui-ci fut assez difficile : pour des raisons économiques, le groupe décida de faire presser les 2000 CD et imprimer les jaquettes en Chine, et de les faire envoyer de là-bas partout dans le monde. Malheureusement, lorsque l’on ajoute problèmes d’argent + problèmes de langue (des instructions anglaises écrites par un allemand pour des chinois : sans commentaire) + problèmes d’échange de fichiers, les délais s’allongent... Et lorsque finalement la poste chinoise annonce qu’il faudrait payer plus cher que prévu, le groupe se décide à se faire envoyer l’ensemble des CD aux USA et de les dispatcher eux-mêmes aux fans. Sans surprise, la douane chinoise bloque le paquet, ce qui force le groupe à leur graisser la patte pour que l’envoi se fasse néanmoins. Après réception aux USA et envoi aux fans, le groupe constate que les CD ont été mal pressés... et doit recommencer la production.

Pendant ce temps, le groupe comprenait évidemment qu’une distribution plus globale de l’album devrait se faire avec une maison de disques. Après avoir renoué avec Mute, le groupe se fait ordonner d’enregistrer pour la sortie commerciale un album différent de celui envoyé aux fans. Le groupe retourne donc en studio et enregistre de nouveaux titres. Supporter Album #1 comprend 9 titres, et Perpetuum Mobile en comprend 12. Entre les deux, 4 titres sont communs (Dead Friends (around the corner), Perpetuum Mobile, Ein seltener Vogel, Selbsportrait mit Kater). L’univers sonore est évidemment le même, et l’on peut voir ces deux disques comme un double album, simplement.

Depuis plusieurs années, les fans du groupe critiquent gentiment l’évolution du groupe, qu’ils attribuent à l’âge de leurs membres. Logiquement, on ne va pas attendre de gens de 45 ans de faire exactement la même musique qu’à 21 ans... Depuis l’album Tabula Rasa en 1993, EN parsème ses albums de titres plus doux, plus atmosphériques, plus accessibles : on se souvent notamment du single Blume, qui sortit dans des versions chantées en anglais, français et japonais, avec la participation d’une chanteuse différente pour chacune. En 1996, pour l’album Ende Neu, c’est le single Stella Maris qui fit les frais d’un duo (et d’arrangements sirupeux par Bertrand Burgalat !). Cependant, le groupe se réservait sur chacun des albums récents au moins un titre d’une durée supérieure à 10 minutes, propice au défoulement et à la folie furieuse qui imprégnait leurs premiers disques. Des titres qui pouvaient presque faire saigner vos oreilles. Rien de cela sur l’opus 2004, et pourtant...

Tout d’abord, le premier plaisir à l’écoute d’un album de Neubauten est d’essayer de deviner d’où vient tel ou tel son : certains sont particulièrement surprenants, et la voix même de Blixa Bargeld reste déroutante à de nombreux moments. Si le précédent album, Silence is Sexy, ne comportait pas d’innovations particulières, le groupe a découvert ici l’intérêt des compresseurs d’air et en utilise sur plusieurs titres, notamment sur le morceau qui ouvre l’album : Ich gehe jetzt. L’air comprimé sert de base mélodique à la chanson (tel une plage de synthé), et Blixa chante sur une tonalité très chaude et douce. Le titre qui suit, Perpetuum Mobile, est une structure complexe de près de 15 minutes, menée par la basse d’Alex Hacke et les percussions métalliques de N.U. Unruh ; Blixa y chante calmement sur le thème du voyage et du mouvement, tout en se faisant parasiter par l’émission d’un transistor radio et les compresseurs d’air. Beaucoup mieux mixé sur l’album officiel que sur le Supporter, (et c’est d’ailleurs ce qui distingue principalement les titres communs aux deux), ce titre donne une impression d’espace et d’intensité extraordinaire, dont le climax est provoqué par l’utilisation de containers en acier, vides, projetés au sol. Ceux ayant assisté à la tournée ne peuvent oublier cette mémorable séquence. D’autres titres sont étonnants par la manière dont les traitements sonores perturbent la structure pop presque classique : sur Selbsportrait mit Kater (autoportrait avec gueule de bois), ce sont les percussions métalliques qui martèlent et détruisent la mélodie, et sur der Weg ins Freie (la voie dans l’ouverture), ce sont les deux versets récités simultanément par deux Blixa qui se répondent.

Plus calmes mais beaucoup plus impressionnants, des titres comme Ein leichtes leises Säuseln (un murmure léger et bas), où Blixa chante sur un ton plus que mélancolique, pendant que ses compagnons font souffler un allume-gaz et font tomber des feuilles de tilleul séchées au sol, ou Grundstück (terrain), aux arrangements très soignés, vous arracheraient presque des larmes. Dans le genre atmosphérique, on vous conseillera particulièrement Ein seltener Vogel (un oiseau rare), un titre au rythme hypnotique où de nombreux sons étranges cohabitent avec le chant et les cris de Blixa, Dead Friends (around the corner), particulièrement nostalgique, et Youme & Meyou, seul titre chanté en anglais, où Blixa est entouré d’un quatuor à cordes : un véritable bijou.

Cet album à la tonalité assez grave et et amère s’impose au bout de plusieurs écoutes. Les atmosphères, les percussions, les paroles ironiques, restent la marque de fabrique du groupe. Seuls trois titres ont été composés par les trois membres "historiques" (Bargeld, Unruh, Hacke) ; les autres sont des oeuvres entièrement collectives et font preuve d’une richesse émotionnelle indéniable. Laissez-vous tenter par cet album, qui vous préparera tranquillement aux albums plus anciens, où la colère est moins contenue.



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Jérôme Prévost





Il y a 2 contribution(s) au forum.

Einstürzende Neubauten : "Perpetuum Mobile"
(1/2) 24 mars 2014, par prince
Einstürzende Neubauten : "Perpetuum Mobile"
(2/2) 16 mai 2013, par Reg




Einstürzende Neubauten : "Perpetuum Mobile"

24 mars 2014, par prince [retour au début des forums]

J’ai bien aimé la lecture de votre article. Je vais mettre en signet ce site pour référence future. Continuez votre bon travail sur le partage des idées et des informations merveilleux. Visit miami real estate on typepad.

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Einstürzende Neubauten : "Perpetuum Mobile"

16 mai 2013, par Reg [retour au début des forums]

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