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Elvis Costello : "North"
Brise d’automne

vendredi 28 novembre 2003, par Marc Lenglet

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Il a bien changé le petit punk râleur depuis ses débuts dans les seventies ! Ayant un peu touché à tout depuis cette époque, du punk à la new wave, en passant par la country et les balades romantiques, Elvis Costello traîne derrière lui pas mal de casseroles en tout genre, à commencer par son célèbre caractère de cochon, ses accoutumances diverses et ses déclarations à l’emporte-pièce (dont une remarque désobligeante à l’encontre de Ray Charles qui lui valu une solide correction des mains de Stephen Stills).

Aujourd’hui, à bientôt 50 ans, l’homme paraît plus serein. Son dernier album, le plutôt rock When I was cruel avait reçu un très bon accueil critique. S’inspirant des événements qui ont marqué son existence ces dernières années, Costello expose à son public la souffrance d’un mariage brisé et le bonheur inexprimable que lui a apporté une relation inattendue. Marié depuis 1986 avec Caitlin O’Riordan, bassiste des Pogues, Costello s’est en effet fait larguer en 2001 et n’a accepté sa nouvelle situation que « modérément » bien. Depuis, il a repris du poil de la bête, puisque sa liaison avec la musicienne de jazz Diana Krall le comble de félicité et, comme expliqué au travers des plages de l’album, il n’y croit pas encore lui même ! North s’avère donc purement autobiographique.

Deuxièmement, qu’on se le dise, North n’est pas un album de rock. Ce n’est même pas un album de pop ! Soutenu par des musiciens d’une précision d’horloger (dont le vieux complice des Attractions, Steve Nieve, au piano), Elvis Costello nous offre des chansons à la fois sincères et touchantes, tout en simplicité et en minimalisme , dans un style très proche des grands crooner des années 40 et 50. On pense immédiatement à Frank Sinatra, même si au niveau vocal, on est quand même très loin du compte. Mais c’est tout un univers de cabaret, d’élégance, de retenue et de nostalgie qu’il a choisi pour écrin à sa nouvelle création. Un piano aux notes délicates, des percussions douces et légères, quelques cuivres, et c’est tout ! Pour la première fois, Costello a rejeté toute utilisation de guitare sur un de ses albums.

Pourquoi dès lors s’attarder sur un album qui semble n’avoir que peu de rapports avec le champ d’action du site ? Tout simplement parce que North est fantastique, même si, pour en apprécier toutes les facettes, il faudra encore bien davantage de temps que ce à quoi Elvis nous avait habitué. Le phénomène le plus intéressant sur cet album est l’évolution nette qu’il suit, entre la tristesse des premières pistes et le côté enjoué et insouciant des dernières, et la clarté des émotions véhiculées sur chaque titre. Costello a clairement voulu mettre en musique toutes les émotions, tous les sentiments, toutes les questions qui l’ont traversé, de l’échec annoncé de son mariage à la redécouverte de l’amour. Et le résultat est pétrifiant de réalisme. Si les dernières pistes de l’album sont parfois un peu cabotines, même pour de la musique de cabaret, les premières, de pures petites merveilles automnales, sont très sérieusement à éviter les jours de pluie !

Leur côté très dépouillé pousse à s’attarder sur les paroles et l’interprétation qui en est faite. Bien entendu, ce n’est pas d’une grande originalité. La rupture, la souffrance, le renouveau,... sont des thèmes récurrents dans la musique actuelle. Les mots utilisés sont simples mais non dénués de portée. Mais c’est lorsque Costello se met à chanter ces textes que l’on comprend enfin clairement qu’il n’y a nulle volonté dans North de plaire aux auditeurs, de leur mâcher le travail ou de se livrer à de sombres calculs marketing. Qu’il y a seulement un homme qui tient à faire partager ses sentiments aux autres, de la manière dont il le juge le plus opportun. Et accessoirement, on prend la mesure du ridicule des œuvres « romantiques » d’un Meat Loaf ou d’un Bon Jovi. Les ingrédients et concepts de base ont beau être les mêmes, un véritable abîme sépare l’extériorisation honnête et sans fausse pudeur du premier, et les plaintes d’enfant gâté privé de dessert des deux autres.

North est sans nul doute l’une des œuvres les plus personnelles d’Elvis Costello. Et indiscutablement l’une des meilleures. De prime abord, on a effectivement l’impression que tout se ressemble un peu, qu’on a affaire à une bonne dizaine de balades au piano pas trop originales, et il faudra plusieurs écoutes attentives pour bien cerner les subtilités que renferment les chansons de cet album. Les profanes pourront donc apprécier North en léger fond sonore, et les plus persévérants se risqueront à l’étudier en profondeur, pour un résultat à la hauteur de l’effort consenti. Superbe !



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Marc Lenglet





Il y a 2 contribution(s) au forum.

Elvis Costello : "North"
(1/2) 7 août 2015
> Elvis Costello : "North"
(2/2) 2 juin 2004




Elvis Costello : "North"

7 août 2015 [retour au début des forums]

Such a nice review. The thing is, this band has what it takes to be a hit. - Marla Ahlgrimm

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> Elvis Costello : "North"

2 juin 2004 [retour au début des forums]

L’incident au sujet de Ray Charles date de 1979... Il y a prescription, non ?

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