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Marillion : "Marbles"
They didn’t lose their marbles

dimanche 6 juin 2004, par Marc Lenglet

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Les fans de Marillion sont des gens fidèles. Bien que majoritairement déçus par les errements artistiques et financiers du groupe ces dernières années, ils semblent tout prêts à renouer avec la formation britannique sitôt qu’on leur annonce un retour aux sources. Les critiques, eux, continuent à voir en Marillion un monstre bouffi de prétentions artistiques mal dégrossies. Quant à a majorité du public, elle pense que Marillion fait partie du passé (quand elle sait seulement que le groupe existe !).

Je chroniquerai ici la version simple de Marbles : le double-album Marbles, composé de 6 titres supplémentaires représente quand à lui la « véritable » version telle que le groupe la concevait artistiquement. Récapitulons : Marbles en un volume sort normalement dans le commerce. Marbles en deux volumes, rallongé de morceaux hyper ambitieux et purement progressifs, se révèle probablement plus pure mais également d’une organisation moins commerciale. Le véritable Marbles est donc uniquement disponible en pré-commande sur le site officiel du groupe. Une démarche originale, un peu schizophrène et peut être critiquable, mais qui a le mérite de clairement cibler son public.

Le morceau d’ouverture, The invisible man ne fait pas dans la dentelle, en dépassant allégrement les 13 minutes. Tout ce qui constitue un morceau progressif s’y trouve : envolées lyriques démesurées, voix rêveuse, multiples changements de tempo, grandiloquence instrumentale suivie de sections presque silencieuses. Pour faire court, voici une remarquable synthèse de tout ce qu’on adore ou déteste dans le progressif, suivant le point de vue. Mais puisque la critique les flinguera comme toute formation pour qui 1977 n’évoque rien, pourquoi s’en priveraient-ils ? Neverland, en apothéose finale, réutilise les mêmes ingrédients pour un morceau à la hauteur de son alter-ego d’ouverture.

Aujourd’hui encore pourtant, Marillion semble perpétuellement hésiter entre le progressif à rallonge et les compositions plus pop. Même si on a du mal à s’imaginer Steve Hogarth et ses compères, libérés de toute contrainte de label, s’atteler à la création d’un morceau avec l’éclosion du single vendeur en ligne de mire, il n’empêche que plusieurs des pièces ici présentées correspondent tout à fait à la définition de la musique idéale pour la diffusion sur les ondes. Si Don’t hurt yourself garde un peu de tenue, You’re gone fera certainement hurler les plus intègres des prog’fans. Avec sa rythmique moderne et sa ligne mélodique simpliste et accrocheuse sans en avoir l’air, ce morceau cartonne d’ores et déjà là où il est diffusé. Il est d’ailleurs repris en bonus-track sur l’album simple en version allégée. Les courts intermèdes Marbles, au nombre de quatre, s’intercalent de manière assez correcte entre les différents morceaux.

Alors ce Marillion, va-t-il rameuter les défenseurs du rock progressif ? Continuer à faire fuir les autres ? Ou au contraire, inspirer défiance aux premiers et convertir les seconds ? A mon humble avis, Marbles va à nouveau scinder le public en deux camps : la « Marillion-army » et ceux qui s’en foutent un peu, au fond, de Marillion. Les premiers cités sont des gens difficiles, très au fait des subtilités progressives, très attentifs aux pincées de lyrisme et de poésie, au degré de mystère et de replis obscurs dans la voix changeante de Hogarth, au message un peu pessimiste véhiculé par les textes (ici, la perte des illusions et de l’innocence ou encore l’aliénation ressentie dans un monde en perpétuel bouleversement). Marbles semble dans l’ensemble les satisfaire et constituer un sorte de pic dans la période Hogarth, en dépit de quelques réserves envers la partie pop de l’album. Enfin, cette information ne vous est livrée que d’après ce que j’en lis un peu partout sur le web.

Les seconds, je peux vous en parler plus précisément : j’en fais partie. Je n’ai jamais été fan, mais je n’ai jamais vraiment trouvé matière à critiquer leur musique, en dépit d’une aversion assez prononcée pour les derniers albums. Et ce Marillion-ci m’a en fin de compte agréablement surpris. La facette progressive de Marbles est très réussie, plus originale et planante qu’un Pendragon, par exemple. De ce fait, elle est également moins flamboyante et colorée, mais à ce jeu-là, Marillion a toujours été un peu plus difficile d’accès que son confrère arthurien. Quant à la facette pop, mon parti pris positif envers le progressif n’est pas incorruptible au point que quelques charmantes mélodies ne puissent le faire fléchir. Les morceaux incriminés ne renverseront pas l’ordre établi en matière de pop-rock mais offrent une alternative agréable à ceux qui souhaitent s’éloigner un peu des sphères de la britpop triomphante et ne désirent pas pour autant s’atteler à la découverte de musiques alambiquées ou avant-gardistes. Sans pour autant m’avoir fait traversé les plans d’existence comme certains albums progressifs y étaient parvenus, Marbles m’a apaisé, relaxé et finalement charmé au bout d’un nombre tout de même respectable d’écoutes. En résumé, si vous êtes fans, laissez vous tenter. Si vous ne l’êtes pas, laissez vous tenter aussi, ça ne mange pas de pain.



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Marc Lenglet





Il y a 1 contribution(s) au forum.

Marillion : "Marbles"
(1/1) 22 décembre 2014, par hanson




Marillion : "Marbles"

22 décembre 2014, par hanson [retour au début des forums]

Despite some drawbacks, the group has managed to create a great album. - Paramount Song

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