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Pain of Salvation : "Be"
To be or not to be

mardi 14 décembre 2004, par Marc Lenglet

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On connaissait Pain Of Salvation comme un groupe qui savait, mieux qu’aucun autre, parcourir tout l’éventail des sentiments humains, de la manière la plus sincère et crédible qui soit. D’albums en albums, la richesse, la beauté et la complexité de leurs compositions les ont indiscutablement placés dans la catégorie des groupes cultes, ceux qui ne récoltent pas le succès que leur talent devrait leur attirer. Et avec Be, plus profond, plus fouillé, plus recherché que tout ce qui avait été fait jusqu’ici, il y a fort à parier que la situation ne risque pas d’évoluer.

La genèse de cet incroyable concept-album remonte à 1996. Daniel Gilderlöwe s’en explique d’ailleurs dans l’introduction du livret, qu’il est vital de lire pour tenter de saisir la nature réelle du concept initié ici par le groupe suédois. A cette époque, trois grandes lignes directrices déterminèrent ce qu’allait être Be. Tout d’abord, le désir de concrétiser une idée en rapport avec les origines de l’homme, désir induit par la découverte de certaines corrélations entre les différents mythes de la Genèse. Jusque là, rien de particulièrement remarquable : de nombreux groupes de metal affectionnent le sujet et l’ont déjà développé avec succès.

Mais il faut ajouter à cette idée primitive un concept beaucoup plus audacieux : Celui d’un Dieu créateur et omnipotent, qui « invente » l’humanité à des fins d’observation, dans le but de maîtriser le secret de ses propres origines. Au fur et à mesure de son évolution et du développement de ses connaissances, l’homme en arrive à oublier le Père Créateur, devenant lui-même une entité aux pouvoirs « divins », à même de plier la nature et l’univers à ses moindres volontés. La boucle sera bouclée lorsque l’homme, lui-même en quête de sens pour sa propre existence, se lancera à son tour dans la création d’une race subordonnée.

Ces deux concepts réunis, et pour obtenir Be, il ne reste plus qu’à saupoudrer la mixture de considérations sociales, écologiques et philosophiques, et de l’adapter à un cheminement intellectuel qui renvoie dos à dos le progrès constant en matière de sciences et de technologie, et les effets pervers que la nature humaine en elle-même ne peut s’empêcher de lui faire générer. En fin de compte, on a la nette impression qu’il s’agit davantage du projet personnel de Daniel Gilderlöwe que d’un album de Pain Of Salvation à part entière, tant les autres musiciens ne sont finalement guère sollicités au cours de ce voyage.

Avec son découpage en quatre sections bien distinctes, les titres des morceaux intégralement en latin et les nombreux instrumentaux, dialogues ou réflexions personnelles qui parsèment l’album, il est évident qu’on se trouve face à la transcription musicale d’une construction intellectuelle mûrement réfléchie, et fignolée jusque dans ses moindres détails. Et le pire - ou le meilleur - est encore à venir : Be fait voler en éclats toutes les conceptions que l’on pouvait se faire d’un album de metal, aussi riche et profond soit-il. La guitare électrique a presque entièrement disparu de cet album, de même que toute utilisation énergique ou agressive de la batterie. Même le chant, ce chant unique tour à tour désespéré, intimiste et mélancolique, a été le plus souvent écarté au profit d’une forme de déclamation, heureusement elle aussi très sensible et personnelle. La nature originellement metal de Pain Of Salvation semble définitivement devenue une vue de l’esprit. En contrepartie, on découvre une œuvre à la très forte coloration progressive, ici poussée bien plus en avant que sur l’album précédent, le fantastique Remedy lane. Mais également des touches de musique classique, des éléments ethniques d’origine orientale, voire même une âme negro spiritual sur le morceau Nauticus et certaines parties des textes scandées à la manière hip-hop !

Aujourd’hui, il n’est plus évident du tout de cataloguer Pain Of Salvation comme un groupe de metal, ni même comme un groupe de rock. Be est humaniste, universel, écologique, philosophique, voué à embrasser l’entièreté de l’univers et de la pensée humaine tout au long de ses 80 minutes. En matière d’étrangeté, il est pratiquement à mettre sur le même plan que le dernier Björk (voir ici). Une œuvre qu’il serait vain de vouloir expliquer ou même synthétiser hors de son contexte. Et une vision musicale si cérébrale et introspective qu’elle risque de faire fuir autant d’amateurs potentiels qu’elle en séduira.

Be est probablement l’un des albums les plus originaux de ces dernières années, et cette performance, parfois quasi hermétique, ne contentera pas tout le monde. Personnellement, j’ai été profondément séduit par cet album qui démontre qu’il est possible encore aujourd’hui de créer une œuvre totalement personnelle sans avoir le moindre objectif de vente en perspective, mais il est vrai que Pain Of Salvation prêchait à un converti de longue date. Be provoquera une adhésion totale, ou au contraire sera perçu comme totalement imbuvable suivant les sensibilités. A réserver aux auditeurs ouverts d’esprits, qui ne passent pas leur temps à chercher le morceau single-isable sur toutes leurs acquisitions.



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Marc Lenglet





Il y a 7 contribution(s) au forum.

> Pain of Salvation : "Be"
(1/1) 14 décembre 2004




> Pain of Salvation : "Be"

14 décembre 2004 [retour au début des forums]

moi je me range du côté de la plupart des critiques que j’ai lu dans la presse : une daube (sans exagération, c’est aussi l’avis de Crossroads d’ailleurs). c’est un monument cet album. oui, un monument de prétention (suffit de regarder la pochette pour s’en convaincre) mais vide et dépourvu de toute imagination (à l’image de la pochette, encore une fois), reprenant des thèmes éculés pour faire passer cette grosse vessie pour une lanterne. et, incroyable, le chant est une catastrophe.

énorme déception, surtout que j’avais beaucoup aimé Remedy Lane.

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    > Pain of Salvation : "Be"

    15 décembre 2004, par Marc Lenglet [retour au début des forums]


    C’est clair que Be ne fait pas dans la dentelle question masturbation cérébralo-musicale. Et les critiques que j’ai pu voir ne sont effectivement pas tendres.

    A mon avis, j’aurais pu le haïr sans difficulté ; il se fait qu’au final, j’y ai tout de même trouvé une forte cohésion (après lecture attentive du livret, sans cela, c’est effectivement d’un chiant absolu).

    Je considère surtout Be comme une oeuvre d’art au sens propre, et une (rare) tentative de créer quelque chose d’unique, en sachant pertinemment qu’elle sera diversement reçue suivant les sensibilités.

    Maintenant, il est tout aussi clair que ma préférence va toujours à Remedy lane...

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    > Pain of Salvation : "Be"

    15 décembre 2004 [retour au début des forums]


    je suis aussi de cet avis : tous ces stéréotypes metal-progueux sont des plus agacants. et que dire de ces interminables passages parlés, dans la plus pure tradition des albums concepts chiants.
    tout cela masque un manque d’imagination certain.

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    > Pain of Salvation : "Be"

    16 juin 2005 [retour au début des forums]


    Tout d’abord bonjour à toi !
    Je me permet de répondre à ton commentaire, pour la bonne raison que je ne suis pas du tout d’accord avec toi !
    Le problème est justement comme tu le dis que tu te ranges à l’avis des autres. J’aimerais juste savoir combien de fois tu as écouté ce CD avant de te livrer à sa critique. Si ton analyse de l’album s’est limité à regarder la pochette et de la trouver simpliste et prétentieuse, je pense que tu ne l’as vraiment pas poussée assez loin !
    Je ne vois pas ce qu’il y a de prétentieux à avoir une réflexion à propos de concepts ou de sujets qui sont universels, et de vouloir la faire partager à un public. C’est la démarche de tous les artistes, enfin ceux qui ont quelque chose à dire.
    Si tu t’étais penché en détail sur cet album, tu aurais pu te rendre compte à quelle point il est humble justement. Pour ne citer qu’un exemple, la chanson intitulée Lilium Cruentus, traite de la mort d’une manière si simple et si touchante à la fois, sans aucun cliché, sans aucune prétention à vouloir expliquer, mais juste décrire.
    Autre élément qui m’a fait bondir, ton avis sur le chant que tu qualifies de catastrophique. Je ne vois pas sur quoi tu te base pour dire celà ! Donc le chant serait atroce d’un bout à l’autre de l’album ? C’est quand même dommage pour un vocaliste de la trempe de Daniel Gildenlöw, que tous, détracteurs comme fans (et là pour le coup je me range à l’avis des autres), s’accordent à considérer comme une des plus belles voix du rock. Je pense que pour affirmer celà, tu n’as poussé l’écoute jusqu’à la treizième chanson, Iter Impius !! Fais le en toute bonne foi, et je suis sûr que tu réviseras ton jugement.
    Je ne suis pas là pour faire un procès aux détracteurs de cet album qui a bien des défauts, je suis le premier à le reconnaitre. Je trouve simplement qu’il est facile de critiquer en bloc une oeuvre qui sort des sentiers battus. Avec tout le respect que je te dois, c’est celà que je trouve prétentieux et vides d’imagination ! A bon entendeur !

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    > Pain of Salvation : "Be"

    18 septembre 2005, par schteff [retour au début des forums]


    Je ne me suis pas trop attardé sur le concept qui fait, il est vrai, un peu ’cliché’, surtout dansle monde du prog. Mais merde à la fin !!! Au diable les critiques et les préjugés ! Cet album est une perle. Il est frais, il est novateur. Merci à Daniel Gildenlaw (puisque c’est lui qui en est l’instigateur) d’avoir eu les couilles de sortir un truc aussi personnel !!! Vive les artistes !

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    > Pain of Salvation : "Be"

    23 juin 2006, par fredaoutrance [retour au début des forums]


    Est-il vraiment nécessaire de comprendre les paroles d’un album pour l’apprecier à sa juste valeur ??...
    Que tous les détracteurs de Be arrêtent de se masturber la tête à essayer de comprendre quoi que se soit au méssage que veut faire passer Be et écoutent, ou mieux même, visionnent le dvd et apprecient tout simplement ce veritable moment de bohneur musical et vocal !!!!!
    Comment peut-on dire que le chant est une catastrophe alors que la performence de Daniel est tout simplement magique....Je me fous totalement de la comprehension des paroles car il me suffit d’écouter le chanteur pour qu’il me fasse passer ses émotions, sa joie, sa colère, sa souffrance ! et Daniel fait passer tout ca et c’est CA le talent !!!!!
    Malheureusement faire quelque chose d’original et un peu sophistiqué dérange tout nos bons "critiquards" !!
    Et puis merde ! quoiqu’en pensent tout ses détracteurs BE est pour moi une petite merveille.

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      > Pain of Salvation : "Be"

      1er septembre 2006 [retour au début des forums]


      Comme je suis d’accord ! Lorsque j’ai visionné le dvd pour la première foi j’avais déjà lu beaucoup de critiques le considérant comme barbant et, comme il a été dit plus haut, quelque chose digne d’un gros bluff de cerveau. Et bien je suis resté scotché, vibrant particulièrement à "dea pecuniae" et les larmes me venant sur "iter impius". Si les passges parlés m’ont quelques peut saoulé lors de cette écoute, j’ai compris ensuite qu’ils étaient nécessaires et le coté mystique de leur diction les a finalement imprimé en moi comme de véritables chansons.
      Etant moyenne en anglais je n’ai pas forcément compris l’ensemble du précepte ou des paroles, bien que je m’y soit acharné fréquement, pourtant j’y ai pris un plaisir et y ai trouvé un calme unique. Je suis d’accord, "BE" est une oeuvre d’art et l’on y est sensible ou pas. Quant à ceux dont l’esprit n’y est pas sensible, ils devraient au moins respecter cette merveille et ne pas caché leur fermeture d’esprit en critiquant le chant de Daniel Gïldenlow qui une fois de plus est parfait.

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