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Peter Murphy : "Dust"
Midnight Express

vendredi 3 juin 2005, par Albin Wagener

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Peter Murphy a toujours été surprenant dans ses accointances musicales. Tour à tour chanteur du mythique et sombre groupe Bauhaus, puis artisan éphémère de Dali’s Car avec Mick Karn (ex-bassiste de Japan), le dandy britannique s’est lancé dans une carrière solo couronnée de succès alternatifs variés, engendrant même des tubes remarquables comme Cuts you up, All night long ou I’ll fall with your knife. Pourtant, après sept ans de silence, Monsieur Murphy fait un retour étonnant en 2002 avec Dust, œuvre magistrale et jusque là inégalée, bien loin de la pop-rock indépendante.

Dust, c’est une œuvre artistique à part entière, un voyage avec un billet aller, l’Orient Express, une tasse de thé et un paquet de cigarettes de contrebande. Une chronique ne suffit pas pour un tel opus : il faudrait un bouquin. En effet, Dust danse et se développe tel un roman, à mi-chemin entre L’étranger de Camus et les voyages clandestins orientaux de Midnight Express. En neuf titres, Peter Murphy peint un tableau qui vaut tout l’or du monde.

Enregistré entre Montréal et Istanbul, Dust fait appel à des musiciens traditionnels turcs et mélange des sonorités orientales à des ambiances plus synthétiques. Les amateurs y reconnaîtront la fascination du chanteur pour la capitale turque dans laquelle il vit d’ailleurs depuis bon nombre d’années avec sa femme et ses enfants. Faut-il voir alors en Dust un hommage à cette ville qui l’a accueilli ? Bien plus que ça. Ce coup de maître renferme en effet sept nouvelles chansons et deux classiques repris à la sauce de l’album, à savoir le mystérieux et sibyllin Subway qui clôt l’album à merveille dans une ambiance lancinante et enfumée, et le nostalgique My last two weeks, hymne à une relation déchue, ici rendue quasiment immortelle par les instrumentations orientales.

Sombres et poussiéreux, les autres titres participent à la vie de cet organisme musical. L’album s’ouvre sur un plaintif et caverneux Things to remember, quelque part entre Constantinople sous la pluie et les errances intérieures de l’auditeur interdit que je suis. Chaque pièce de Dust est une indispensable mosaïque de couleurs, de dorures, de danses du ventre au ralenti et de ténèbres cristallines et remplies d’encens et d’ornements inimitables. Qu’il s’agisse de No home without its sire et de sa basse synthétique et industrielle ou de Your face et de son Styx amoureux introuvable et sans retour, ou bien encore de Fake sparkle or golden dust ?, qui fait clairement comprendre que le chanteur de Bauhaus est en train de nous ouvrir les portes d’un royaume secret et inaccessible sur lequel il règne en maître par le seul son de sa voix. Il ne s’agit plus ici de musique à proprement parler mais bel et bien d’hypnose et de séduction sensorielle. Je pourrais encore divaguer pendant de longues minutes sur Girlchild aglow, Jungle haze ou Just for love, mais il est essentiel de se rendre compte de la magie générée par ces morceaux par soi-même, lumières éteintes et bougies allumées, yeux fermés et pensées ouvertes et lascives.

Dust constitue pratiquement la bande originale d’un film qui se déroule dans l’esprit de l’auditeur au fur et à mesure de cette plongée abyssale dans ces expérimentations sonores, et il est difficile de s’en passer après plusieurs écoutes. Faites attention, car il y a fort à parier pour que ce trésor caché produise sur vous l’effet d’une drogue, sorte d’opium vers lequel il est bon de revenir pour se ressourcer et laisser s’envoler ses fantômes perdus. Une troublante démonstration : la musique peut hanter et même procurer un besoin viscéral.



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Albin Wagener





Il y a 2 contribution(s) au forum.

Peter Murphy : "Dust"
(1/2) 4 juillet 2016
> Peter Murphy : "Dust"
(2/2) 3 juin 2005, par Jéj Five




Peter Murphy : "Dust"

4 juillet 2016 [retour au début des forums]

This was his comeback album. It’s nice that he has received good recognition for this. - Gary McClure

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> Peter Murphy : "Dust"

3 juin 2005, par Jéj Five [retour au début des forums]

En effet , Dust est vraiment superbe !
Déjà fan de Bauhaus j’avais été beaucoup moins convaincu par sa carrière solo : trop new-wave, trop synthé-pop, etc bref pas assez gothique ;)
mais là !! grand retour à des ambiances sombres, romantiques, et mêmes inédites qui peuvent rapeller aussi Dead Can Dance !

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