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Sting : "Sacred love"
Sacré Sting !

mardi 4 novembre 2003, par Marc Lenglet

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Voilà près de deux décennies que l’ex-leader de Police a entamé sa carrière solo, rarement décevante, toujours sincère et personnelle. Après un "Brand new day" qui avait soulevé des avis assez partagés, Sting, en artiste exigeant vis-à-vis de lui-même, revient avec un album proche de la perfection, reposant sur ce en quoi il a toujours cru : passion et ouverture.

J’ai pu lire ici et là qu’on reprochait à Sacred love de manquer de titres accrocheurs. Triste époque où la valeur d’un artiste semble devoir se mesurer au nombre de titres catchy qu’il arrive à placer sur chaque nouvel album ! Sting, tout comme David Bowie, a oublié depuis longtemps comment faire un album passe-partout et des chansons "radio-friendly". Tout au plus consentent-ils à se livrer à l’exercice une seule et unique fois sur leurs derniers albums, pour un résultat à même de donner des frissons de honte à tous ces groupes qui ne bâtissent leur réussite que sur les singles. La plage ici concernée, "Send your love", se situe dans la ligne directe de l’album précédent et de l’excellent titre "Desert Rose". Humaniste, amoureux du métissage, Sting souhaite plus que jamais contribuer par sa musique à jeter des ponts entre Orient et Occident. En l’occurrence, on peut néanmoins regretter que si le célèbre duo avec Cheb Mami s’avérait une pure réussite aux délicates senteurs sahariennes, "Send you love", en fait d’orientalisme, se contente de quelques accords de guitare flamenco et de jingles, dignes des mille et une nuit, judicieusement placés. Approche plus démonstrative qui ne nuit pas réellement à la qualité de la chanson, plus convenue mais de bon niveau. C’est de toute façon sur le reste de l’album que l’on découvre les plus belles facettes du "dard".

"Inside" ouvre le feu avec un principe de répétitions lexicales et de termes antithétiques (Inside/outisde), dignes de Bob Dylan. Ici et tout au long de l’album, Sting exprime ses sentiments, l’amour protéiforme, ses variations et l’incompréhension qui peut en résulter. Mais il s’attache également aux grandes questions qui ont de tout temps taraudé l’humanité : la mort, la guerre, la souffrance. On reste donc souvent dans le registre de la balade inspirée, mais un registre que l’âge et la réflexion ont dépouillé de tout accent puéril. Soul sur la très belle "Whenever I say your name" (avec la participation de Mary J. Blige), Sting plonge dans le trip hop sur "Never coming home" et s’autorise une évasion jazzy sur "Forget about the future". Entre ces deux pistes, on découvre un véritable joyau à la sensualité à fleur de peau, le magnifique "Stolen car", sans nul doute l’une des plus belles chansons de cette année.

Si Sting chante principalement les sentiments, il assume également sans honte sa réputation d’artiste engagé. Il s’interroge donc, sur le très rock "This war", avec plus de justesse et de mesure que beaucoup, sur le sens et la finalité des conflits actuels. L’interrogation sous-jacente de "This war" est tout simplement "Et maintenant ?", ce qui change des invectives niaises devenues le passage obligé pour beaucoup d’artistes soucieux de se tailler une image bien conforme au moule de la bien-pensance. Organiser des apparitions marketisées et crier haut et fort qu’on est contre la guerre sans rien proposer en échange, tout le monde peut le faire. Ce serait une démarche trop simple pour Sting qui préfère mettre son art et son talent au service de ses interrogations et inviter à la réflexion plutôt que de se poser en fournisseur de prêt-à-penser. On replonge dans l’ethnique dès la piste suivante, mais en délaissant le Moyen-Orient pour voguer vers le sous-continent indien. A nouveau, une perle sublime. Le regard nostalgique qu’un homme au crépuscule de sa vie pose sur ses actes passés. Accompagné par la cithare d’Anoushka Shankar, fille du célèbre Ravi, l’émotion qui se dégage de ce titre le place au même niveau que des œuvres aussi mythiques que "Shape of my heart". Le très correct "Sacred love" qui clôture l’album, ferait presque pâle figure en comparaison ! En bonus, on a droit à une énergique version pour dancefloors de "Send your love", remixée par Dave Audé, ainsi qu’à un - hélas trop court - live acoustique de "Shape of my heart".

Agglomérant tous les styles de musique actuels en y ajoutant une touche bienvenue d’exotisme, interprétant à la perfection des textes profonds et sincères (termes presque anachroniques pour un chanteur populaire en 2003), Sting confirme ici qu’il fait bien partie des plus grands artistes encore en activité, capables à la fois d’explorer de nouveaux territoires, de les rendre accessibles à tous et d’y faire passer quelque chose de très personnel. Des compétences que, Bowie mis à part, peu de personnes semblent encore posséder.



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Marc Lenglet





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Sting : "Sacred love"
(1/1) 9 décembre 2016




Sting : "Sacred love"

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His songs were one of the biggest hits during the peak of his career. - Mark Zokle

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