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The Coral : "The invisible invasion"
Underdogs

mardi 28 juin 2005, par Nicolas Thieltgen

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The Invisible Invasion, le quatrième album de The Coral, est l’antidote rêvé au nouveau Coldplay pour les amateurs de pop made in UK. Là où X&Y, le dernier opus de la bande à Chris Martin est illuminé par une lumière claire et vive, que certains trouveront artificielle, The invisible invasion est recouvert d’un brouillard épais, mélange des dernières fumées qui s’évaporent du chaudron sixties de Liverpool et des émanations chimiques de la Californie psychédélique.

Les p’tits gars de The Coral sont des gens éminement sympathiques. Oh, pas à la ville où on a plutôt à faire à sept pauvres lads de Liverpool, pas très souriants, ni très enclins à la discussion. Ni même sur scène où le charisme de James Skelly et sa bande est proche de celui des frères Gallagher d’Oasis. Non, c’est plutôt sur disque que leur musique, à la croisée de la pop anglaise la plus classique et du psychédélisme californien le plus débridé, fait des merveilles. Les deux derniers albums du groupe, le très sage Magic et Medecine et le plus foutraque Nightfreak and the sons of Becker, constituent à ce titre deux beaux essais de maintenir intacte la flamme d’un artisanat pop anglais humble mais populaire.

On attendait néanmoins au tournant ces natifs de Liverpool, se demandant quelle direction musicale emprunterait The Coral, le risque principal étant qu’ils s’enferment dans un formule revival et commencent à sentir la naphtaline. L’annonce que leur nouvel album serait produit par Geoff Barrow et Adrian Utley (respectivement tête pensante et guitariste de Portishead) rassurait néanmoins et laissait augurer de nouvelles textures des plus intéressantes.

Pas de révolution sonique pourtant à l’écoute de The invisible invasion, et même une petite déception, tant ce disque s’avance modestement, s’excusant presque de déranger.

Les mélodies pop sixties, dont The Coral s’est fait le spécialiste, sont pourtant au rendez-vous. In the morning ou So long ago sont les dignes successeurs de Pass it on, un des sommets de Magic and medecine. Far from the crowd charrie, quant à lui, cette mélancolie inquiète que le groupe maîtrise à merveille. La poudre (chimique) parle également à plusieurs reprises, comme sur le paranoïaque She sings the mourning ou sur Arabian sand, décalque halluciné du You really got me des Kinks.

La concision de l’écriture de James Skelly ainsi que l’économie des effets employés par son duo de producteur font pourtant de ce disque une œuvre modeste et sans trompettes, à l’inverse du X & Y de Coldplay, par exemple, qui, en comparaison, apparaît boursouflé et pédant. Un disque subtil, dont les climats vaporeux (voir A warning to the curious) séduisent sans crier gare. Un disque à l’ancienne (voir le classique instantané Criples crown) et hors du temps, qui ne devrait pas marquer son époque, mais qui procurera beaucoup de plaisir à l’auditeur patient qui saura y jeter une oreille attentive. Un vrai disque d’underdogs, en définitive, à l’image des seconds couteaux des films de gangsters de Martin Scorsese ou Francis Ford Coppola, des gars sans surprise, plutôt ombrageux et discrets, mais sur lesquels on peut compter pour que le travail soit bien fait, net et sans bavure.



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Nicolas Thieltgen





Il y a 8 contribution(s) au forum.

> The Coral : "The invisible invasion"
(1/1) 28 juin 2005, par joanny




> The Coral : "The invisible invasion"

28 juin 2005, par joanny [retour au début des forums]

"pas très souriants, ni très enclins à la discussion. Ni même sur scène où le charisme de James Skelly et sa bande est proche de celui des frères Gallagher d’Oasis"

Si le charisme se mesure à la façon de sourire sur scène, nul doute que Jean-Pascal ou André Rieu sont les frontmen les plus charismatiques de notre bien belle époque.

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    > The Coral : "The invisible invasion"

    28 juin 2005, par Nicolas Thieltgen [retour au début des forums]


    Je ne pense pas avoir dit, ni sous-entendu que, pour être charismatique, il falait être souriant (exemple contraire frappant : Johnny Cash), mais plutôt avoir retenu que les gens de The Coral n’étaient pas nécessairement super sympathiques :
    - dans la vie de tous les jours, car pas très souriants...
    - sur scène, car pas très charismatiques...

    Bonne lecture.

    (pour éviter toutes discussions, je précise bien entendu que j’entends l’adjectif sympathique dans un sens très large)

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      > The Coral : "The invisible invasion"

      28 juin 2005, par joanny [retour au début des forums]


      Je sais, j’extrapolais un peu. Là où le bât blesse, c’est dans la comparaison avec Oasis étant donné que le sieur Liam n’a guère de leçons à recevoir niveau charisme.
      Chouette album sinon.

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        > The Coral : "The invisible invasion"

        28 juin 2005, par Nicolas Thieltgen [retour au début des forums]


        Dans le sens où Liam Gallagher serait charismatique sur scène ?

        Je dois avouer qu’ayant eu l’occasion de subir Oasis sur scène plusieurs fois, j’ai toujours trouvé Liam particulièrement vide et ennuyeux. Mais je suis toujours curieux d’entendre des gens défendre le contraire...

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    > The Coral : "The invisible invasion"

    29 juin 2005, par Uncle Luke [retour au début des forums]


    J’ai un exemple de manque de charisme sur scène : vous connaissez le "shoegazing" ? C’est une pratique qui consiste, sur scène, pendant qu’on chante, à être raide comme un piquet et ne regarder que ses chaussures (ou en l’air, mais en tour cas sans jeter un oeil sur le public), et ce du début à la fin du concert. Cela donne : "Bonsoir... na na na na na... Au revoir". Super excitant !

    Je ne sais pas si The Coral rentre dans cette catégorie, puisque je ne les ai jamais vus sur scène. Par contre, j’ai déjà vu un exemple de "shoegazing" sur scène : le chanteur de Cornershop aux Transmusicales de Rennes en 1997. Ce groupe était présenté comme le futur évènement pop, mais on s’est drôlement faits chier rien qu’en le regardant. Le pauvre chanteur était planté là, sans bouger, les mains derrière le dos (ou dans les poches, je ne sais plus), entrain de regarder en l’air, donc. Il avait l’air de s’ennuyer à mourir, et il chantait de façon peu assurée. Une sacrée déception.

    D’ailleurs, pour la petite histoire, de ces Transmusicales, je n’ai vraiment retenu que les Foo Fighters, qui ont vraiment cassé la baraque ce soir-là.

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      > The Coral : "The invisible invasion"

      29 juin 2005, par Gérard Meanvussat [retour au début des forums]


      Sauf que les artistes "shoegazing" ne regardent pas par terre par plaisir, ils sont tellement occupés à bidouiller le son de leurs guitares avec des pédales et autres accessoires qu’ils ne peuvent pas regarder le public.

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        > The Coral : "The invisible invasion"

        30 juin 2005, par Uncle Luke [retour au début des forums]


        En fait, cette pratique concerne surtout les chanteurs. Et cela ne veut pas dire qu’ils soient mauvais. Si on prend par exemple Joe Jackson, pour ce que j’en ai vu, il était loin d’être charismatique sur scène, il ne bougeait pas beaucoup, et quand il bougeait ce n’était pas franchement cohérent, mais de sa part, c’était voulu. En effet, il ne s’est jamais considéré comme un acteur, mais comme un chanteur (c’est d’ailleurs pour ça que l’avènement des clips lui a été néfaste), et il ne s’est pas préoccupé de la moindre chorégraphie. Et musicalement, après avoir entendu le sublime "Hometown", je ne lui donne pas tort.

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      > The Coral : "The invisible invasion"

      1er juillet 2005 [retour au début des forums]


      J’ai eu exactement la même expérience avec Talk Talk en 1986...

      Plus proche de nous, avec Mojave 3 en première partie de Gomez en 97/98.

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