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The Strokes : "Room on fire"
Ils sont là pour durer !

lundi 9 février 2004, par Laurent Bianchi

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Quand on attend longtemps quelque chose, on se fait pas mal de films et, en même temps, on se prépare à une déception qui sera, croyons-nous, inévitable. C’est d’ailleurs tellement vrai que le commun des critiques s’attend, après un très bon album plus que prometteur, à « forcément » être déçu. C’est gonflé de toutes ces tentations tentaculaires que je me suis surpris, petit à petit - quoi que je fasse, quoi que je dise - apprécier un bon album.

Le voilà le fameux deuxième CD des Strokes. Attendu littéralement à tous les tournants, la presse musicale en général ne s’est pas mouillée : ni « Album du mois » ni flop, ce qui fait qu’on ne savait pas très bien ce qu’il fallait en penser. On entendait ou lisait cependant des déceptions, des mines déconfites devant l’absence de la part du groupe d’un son aussi novateur que celui de Is this it, leur très bon premier album, qui, avec les White Stripes, a ouvert la voie à tant et tant de copies de copies, de clones et autres plagiats classés dans la catégorie devenue fourre-tout garage rock. Mais qui a surtout ramené l’église au milieu du village rock : le retour des guitares et de la simplicité.

Une chose est sûre : ce CD fait l’effet, for apprécié par l’amateur de musique que je suis, de ce que d’autres œuvres d’art donnent à la peinture par exemple. Je m’explique : les gens attendent énormément (trop bien sûr) de cette bande de potes fils à papa de New York, croyant y voir les suppôts d’un nouveau son tant recherché depuis que certains ont clamé que le rock était mort. Avouons-le, le premier CD était excellent, et constituait, en effet, une belle nique (involontaire) à pas mal des productions d’alors. Car rappelez-vous, les années 2000 et 2001 furent catastrophiques en termes de nouveauté et d’avant-gardisme, et c’est ce qui donna cette impression que le rock ne nous sauverait plus de notre lamentable train-train quotidien.

Alors, ici, la première écoute, il est vrai, tel le chien de Pavlov, donne pour toute réaction un « Je le savais, c’est exactement la même chose que le premier. » Alors analysons cette réaction si vous le voulez bien. D’abord, si on le savait, pourquoi l’écouter ? Deuxièmement, est-ce qu’on n’écoute pas cet album en y cherchant précisément ce qui corroborera notre thèse d’amateur ? Bon, ne tournons pas autour du pot, en un mot comme en cent, cet album est bon. Voilà, c’est dit. Si on prend la peine de l’écouter, vraiment, on se surprend à l’écouter de plus en plus, et à se laisser mener par ces cinq gamins qui n’ont rien inventé, c’est vrai- et qui n’avaient pas d’autres intentions d’ailleurs - mais qui nous abreuvent une pop sans prétention qui met du baume au cœur en ces temps de terreur médiatisée.

La pochette est ignoble. C’est clair. Certains, dont le chanteur fils du PDG d’Elite, ont une tête à claques, n’ont absolument rien, mais rien à nous apprendre au travers de leurs interviews, et encore moins à travers les paroles de leurs chansons, qui, comme sur leur premier opus, se plaisent à chercher le synonyme du mot précédent : « I want to be forgotten and I don’t want to be reminded » dans Wat ever happened et à couvrir principalement le sempiternel thème de l’amour. On apprend également qu’ils ont foutu à la porte de leur studio Nigel Godrich, producteur entre autres de Radiohead et Beck, on se dit « mais pour qui ils se prennent ? ». Mais pour ce qu’ils sont : des types qui veulent s’amuser en faisant ce qu’ils aiment. Et qui ne veulent surtout pas d’un vieux schnok qui vient leur dire « Fais pas ci fais pas ça ». En plus, sincèrement, on se demande bien ce qu’il aurait apporté au groupe... Laissez-les aller jusqu’au bout de leur délire.

Bon, maintenant on peut passer à la critique de l’album à proprement parler. Fini la référence évidente et directe qui apparaissait à l’écoute de Is this it au Velvet Underground. Ici, le groupe sonne plutôt toujours comme Television, mais aussi - fait nouveau - comme The Cars et ses petits joyaux pop (12 :51 ressemble à My best friend’s girl ou à Just what I needed). Oui, la bande à Ocasek apparaît aussi dans l’utilisation encore timide que font les Strokes du synthé, mais aussi dans l’utilisation des rythmiques comme de taper dans ses mains, et c’est très efficace. Un tempo original tapisse également Automatic Stop.

La voix de Casablanca peut énerver. On a toujours cette impression que tel un gamin qui a trouvé un joujou qui lui plaît, il utilise un porte-voix à longueur de temps.

Les refrains touchent juste là où il faut (The end has no end). Ils sont moins percutants que sur le premier LP mais gardent ce je-ne-sais-quoi de séduisant. Ils se laissent peu à peu amadouer, à condition que l’auditeur fournisse un effort d’écoute non modérée.

L’album est court, 33 minutes. Pour pouvez faire tenir les deux sur un MD (pas sur CD, le deuxième étant Copy Controlled - « let me hear you say yeah ! »), ça donnera presque 69 minutes de plaisir. Le deuxième CD est considéré par la presse comme un passage dur mais obligé par une déception devenue du coup normale, voire d’augure. On s’attend toujours à ce que le deuxième album soit moins bon que le premier - entendez surtout par là en fait moins novateur. C’est pourtant ici pas le cas. Les Strokes n’apportent rien peut-être, mais ils font ce qu’ils savent faire le mieux, et ils le font bien. Cet album rappelle surtout qu’il faut se garder de faire des généralités cartésiennes et d’avoir des considérations préjugées sur la musique. Rien de moins.



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Laurent Bianchi





Il y a 4 contribution(s) au forum.

The Strokes : "Room on fire"
(1/3) 1er mars 2013, par Roy
The Strokes : "Room on fire"
(2/3) 28 avril 2006
> The Strokes : "Room on fire"
(3/3) 22 juillet 2005, par lkj




The Strokes : "Room on fire"

1er mars 2013, par Roy [retour au début des forums]

I agree with all the comments below. Thanks for sharing nice information with us. www.researchpaperstar.net

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The Strokes : "Room on fire"

28 avril 2006 [retour au début des forums]

Très bonne critique, avec de vrais arguments. Par contre, il n’y a pas de synthés sur cet album, juste un son étrange de guitare qui y ressemble !

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    The Strokes : "Room on fire"

    15 janvier 2007 [retour au début des forums]


    affirmatif, c’est le son de Valensi ( qui a une guitare à son nom soit dit en passant )qui est comme ça. On le voit d’ailleurs dans le clip de 12:51 : point de synthè. mais c’est vrai que ça y ressemble bougrement

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> The Strokes : "Room on fire"

22 juillet 2005, par lkj [retour au début des forums]

Finallement il n’y aura eu que les Stripes,les Libs et les Strokes qui m’aurons excité.

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