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Tori Amos : "Scarlet’s walk"
Un merveilleux périple américain

samedi 30 octobre 2004, par Marc Lenglet

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Les effroyables événements du 11 septembre 2001 ont remodelé la face de l’Amérique. Une métamorphose forcée qui implique une redéfinition de nombreux concepts. L’Amérique est elle un pays différent du reste du monde ? De quoi est composée l’Amérique ? Qui sont ses habitants ? Tori Amos y a réfléchi intensément durant une année, alors qu’elle parcourait inlassablement les routes de son pays, y saisissant des bribes de l’âme américaine.

Un périple américain à l’image de celui des musiciens folks d’avant-guerre, d’ouest en est et du nord au sud, des plages de la Californie au front de mer meurtri de New-York, et des toundras de l’Alaska aux déserts du Nouveau-Mexique. Après une carrière centrée sur des sujets largement autobiographiques, Tori Amos laisse ici à d’autres le soin de parler et d’évoquer les sensations les plus intimes. L’ubiquité artistique de Tori, qui laisse exprimer ses pensées par Scarlet, son alter-ego musical, en est une preuve évidente. Tori s’efface devant Scarlet et se pose avec une adorable malhonnêteté en simple spectatrice des joies et des douleurs de l’Amérique.

Plus finement qu’un Bruce Springsteen, elle nous tend par cette entourloupe schizophrénique ses visions de l’Amérique de tous les jours. Le Boss nous fait voir l’envers du décor, Tori l’embrasse dans son intégralité. Pas de trimards peinant à joindre les deux bouts, pas non plus de rentiers crevant sous le fric, juste des esquisses récoltées sur la route, des souvenirs fugaces de visages rencontrés, de paysages admirés, de sentiments éprouvés.

Bien que vouant une vénération quasi obsessionnelle à la délicieuse rousse, je n’avais pas été convaincu par toutes ses oeuvres, loin de là. Boys for pele par exemple, trop austère et peut-être trop intime, ne m’avait pas transcendé outre mesure. La Tori Amos qui s’impose à moi comme la plus grande artiste féminine des années 90, c’est celle qui aborde les sujets douloureux ou tabous, tout en y insufflant une telle émotion, un tel vécu qu’elle serait la seule chose qu’il serait nécessaire d’emporter avec soi sur une île déserte. A l’idée d’un album aussi cathartique que le laissait présager le contenu de Scarlet’s walk, je m’attendais à devoir sauter à nouveau un album avant de retrouver cette sublime pop désenchantée qui fait tant défaut à la scène actuelle. J’avais tout faux (et je commence à en avoir l’habitude).

Si on retrouve avec une joie inaltérable quelques chansons purement dans l’esprit de Little earthquakes, le style qui prédomine tout au long de l’album est pourtant assez différent des habitudes de l’artiste. Le piano, bien présent, n’occupe plus le devant de la scène, mais le partage équitablement avec les instruments à corde, qui apportent quelques notes folk bienvenues à l’ensemble. Et toujours bien entendu, ce toucher cristallin de l’instrument. Et surtout cette voix si lourde de non-dits, cette voix qu’on entend reprendre son souffle entre chaque couplet, cette voix si proche qu’on a l’impression que sa propriétaire joue juste là, à côté de vous, en vous murmurant les paroles à l’oreille. Laissez tomber, je fantasmais tout haut. Scarlet’s walk, bien qu’offrant un panorama complet de toutes les possibilités et talents de Tori Amos, ne contient aucun hit de la trempe de Cornflake girl ou Crucify, aucune piste capable de frapper instantanément la réceptivité musicale de l’auditeur. Au contraire, chacun des joyaux de cet album demande à être domestiqué, certains plus patiemment que d’autres (les textes de Tori Amos restent ce qu’ils sont, à savoir de la prose parfois obscure). Mais au final, ils accepteront le joug sans difficultés et tendront à l’amateur patient un torrent d’idées, un foisonnement lexical et toute une galerie de sentiments et de personnages plus riches que tout ce que Tori avait tenté jusqu’ici. Probablement l’album d’une indéniable maturité pour elle, si ce n’est celui d’une vie.



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Marc Lenglet





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Tori Amos : "Scarlet’s walk"
(1/1) 30 juin 2015




Tori Amos : "Scarlet’s walk"

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A nice collection of folk songs that is worth listening. I really like this music. - Dony McGuire

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