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Paris, La Scène Bastille, 24 et 25 novembre 2004
Showstar + Starving
Pas d’angoisse face au vide

mercredi 1er décembre 2004, par Jérôme Prévost

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Si les musiciens ne retiendront sans doute de ces dates à Paris que le faible nombre de spectateurs, les quelques personnes qui étaient en face d’eux se rappelleront de deux groupes professionnels jusqu’au bout, et dont l’originalité souligne la faiblesse de la scène rock française.

Le rock français étant ce qu’il est aujourd’hui, l’amateur de musique éclairé, s’il n’a pas envie de traîner ses basques aux concerts de Watcha et Pleymo au risque de se sentir bien vieux, doit rester attentif aux rares survivants du rock alternatif, ou se tourner vers l’étranger. C’est donc sans surprise que les Girls in Hawaii et Ghinzu font leur petit chemin chez nous, avec un succès grandissant qui ne se dément pas, dans les salles comme à la radio. Si je ne m’attendais pas à tomber dans une salle blindée de monde pour Showstar et Starving, je ne pensais pas trouver simplement quelques dizaines de personnes. On pourrait passer du temps à chercher des coupables... côté classique : zéro promotion, zéro affiches et tracts dans le quartier ; côté moins évident : une salle où le bar vend la bière à 6 euros ne risque pas d’attirer qui que ce soit (comparé à 3 euros à la Maroquinerie, c’est vite vu). Pour autant, s’il y a bien une chose qu’il faut retenir de ces deux dates, c’est la musique.

Lorsque ce mardi, Showstar débarque en premier (à ma surprise, d’ailleurs), c’est auréolés d’une certaine réputation. Une réputation de scène, une vraie, basée sur la présence de Christophe Danthinne. Rarement vu un animal pareil, je dois dire. Si je comprends qu’on doive le comparer à d’autres, les étiquettes étant à la mode, il me paraît assez clair qu’il n’emprunte à personne. Alternant entre des passages de chant presque introverti (les yeux fermés, replié sur lui-même), des scènes de mime (jouant avec ses vêtements, son micro...) et des interventions absurdes entre les chansons, Christophe pourrait être qualifié de clown, oui, mais sinon un clown triste, un clown sérieux. Il n’éclipse pas pour autant ses camarades : les quatre musiciens sont techniquement au top et réussissent à rendre les chansons beaucoup plus rock et puissantes que sur l’album, mais en préservant les mélodies qui font leur richesse. Impossible, décidément, d’oublier Little Bastard, petite perle sur CD, mais aussi monstre de guitares en live, tout comme leur désormais classique reprise du I don’t want to have sex with you de Soldout. Rares sont les groupes qui trouvent un équilibre dans cet exercice, et les Showstar en sont. On aura envie de se rappeler de Christophe, de ses délires (chuchotant "c’est magnifique, ce qui se passe entre nous, ça me donne envie d’aller danser parmi vous..." puis descendant de la scène pour faire deux fois le tour des spectateurs et revenir au micro pour dire : "c’était de la danse moderne..."), de ses coups de gueule contre le prix de la bière, mais on se rappellera aussi de cette impression d’avoir néanmoins à faire à un groupe. Un vrai.

Peu après la fin du set de Showstar, les Starving montent sur scène, le sourire aux lèvres. Dès le début, là aussi, on sent que les musiciens sont contents d’être ensemble. Si leurs hymnes sentent bon le revival new wave, la présence des deux guitaristes empêche de nier toute filiation au rock - quant à Claudia, son jeu de scène rappelle également les icônes de cette époque, avec un cachet bien à elle. Aguicheuse, provocante, mais jamais vulgaire, elle charme ses collègues et les spectateurs avec son regard mutin. On la croit sur parole quand elle chante "Je suis une allumeuse / Un vrai petit briquet" (sur Allumeuse et son synthé imparable), ou quand elle gémit sur Pas Facile, mais on retombe sur terre quand elle crie sur le single Énervé. La Plage, titre ultra efficace, semble être une perle déterrée du stock de vinyles d’un club des années 80 ou retrouvée par hasard dans les réglages des synthés dont jouent Vanessa et Mike. Le son de la salle, pourtant souvent critiqué pour son absence d’aigus, met parfaitement en valeur les différents musiciens, y compris sur un titre plus intimiste comme Type Ex. Impossible de ne pas prendre de plaisir en voyant jouer ce groupe : Max assure derrière ses fûts une rythmique parfaite, Mike reste assez discret mais très attentif à ses collègues, Bob est toujours très mobile, la clope au bec (il va jusqu’à descendre de scène pour jouer en contrebas face à Claudia, qui chante alors pour lui... la scène les faisant presque ressembler à Roméo et Juliette), Vanessa s’amuse derrière ses claviers et Boods harangue le public, toujours hilare, tout en alternant entre ses parties de guitare électrique ou électroacoustique et le synthé, ou échangeant sa place avec Bob à la basse sur Macho. Avant de commencer Téléphone rose, Claudia, pleine d’ironie, lance : "Quel silence... on n’est pas habitués... devant tant d’enthousiasme, je vais passer un coup de fil" ; elle approche alors un petit jouet du micro pour simuler le son de l’appel. La chanson, aux paroles plus tristes qu’on ne pourrait croire avec un titre pareil (derrière mon téléphone rose / je suis plutôt grise / tout est morose / je deviens aigrie), sonne du coup bien sombre, et la voix de Claudia joue dans un registre plus grave, exprimant une part de sa personnalité que sa robe rouge moulante cache bien...

Le lendemain, mêmes coupables, même punition. Pas démontés, les deux groupes font leur job. Starving joue en premier pour cause de Thalys bloqué pour le bassiste de Showstar, rentré en Belgique pour le boulot, tout simplement... Malgré une balance improvisée et quelques problèmes techniques qui persistent durant le show, rien n’a entamé la bonne humeur du groupe qui doit pourtant reprendre à zéro après l’épreuve de la veille. Quand les musiciens quittent la scène un par un lors de leur dernier titre, laissant Max assurer un excellent solo de batterie, seul sous les projecteurs, on se dit que leur chemin pour conquérir la France est encore long. Après un passage au Glaz’art en janvier 2003 au festival des Inaperçus, on espère ne pas avoir à attendre encore 18 mois avant de les revoir. Quand Showstar monte sur scène pour la suite, on sent Christophe bien moins disert que la veille ; lançant "vous êtes magnifiques" à des spectateurs majoritairement assis, tout en ouvrant une canette de bière (forcément bien moins chère que la pression locale), il chante aussi bien que la veille, mais en éludant la part théâtrale de sa performance. Ca manque, mais on comprend. A la fin du show, les musiciens s’enfuient en courant vers les loges. Que dire ? Allez, courage, vous tous : la route est longue mais on a besoin de vous.

Photos : © Jérôme Prévost / Pop-Rock.com - 2004. Droits réservés.

- Voir la galerie photos du concert.



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Jérôme Prévost





Il y a 1 contribution(s) au forum.

Showstar + Starving
(1/1) 18 avril 2016




Showstar + Starving

18 avril 2016 [retour au début des forums]

I agree with you, it was really a good show. His songs were all great. - TexasLending.com

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