Pop-Rock.com


Bruxelles, 19 avril 2005
Flexa Lyndo : "Nous nous réclamons plus de Morrissey que d’Oscar Wilde !"
Interview

jeudi 28 avril 2005, par Jérôme Delvaux

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En Belgique, ils étaient là avant tout le monde. Ils écumaient les petites comme les grandes salles et jouaient avec Placebo, Nada Surf et les Dandy Warhols à une époque où personne n’avait encore jamais entendu parler de Soldout et des Girls in Hawaii. Un break de presque quatre ans - intervenu à un moment où le public et la presse se passionnaient enfin intensément pour les groupes du terroir - leur a permis de recharger les accus et de peaufiner de nouveaux morceaux dans la sérénité. Leur troisième album, Slow Club, sera dans les bacs dès le 13 mai. C’est complètement sous le charme de cette galette que nous avons rencontré Loïc Bodson (chant, guitare) et Gaël Bertrand (basse) dans un salon de thé marocain de Bruxelles, à quelques enjambées à peine de la place Madou. Pas d’alcool au programme pour cette fois, donc, mais bien une passionnante conversation avec deux musiciens attachants, tout ce qu’il y a de plus réfléchis et équilibrés.

- Pop-Rock.com : Votre avant-dernier album date déjà de 2001. Que s’est-il passé pour Flexa Lyndo durant cette longue absence ?

- Loïc : Et bien, on a fait les comptes... (Rires). Les morceaux de Slow Club sont en chantier depuis deux ans. Certaines des nouvelles chansons ont ainsi pu connaître une très longue gestation. Durant cette période, nous avons décidé d’arrêter les concerts car nous avions besoin de prendre une pause. Cela faisait sept ans que nous faisions de la musique non-stop en enchaînant enregistrements et tournées. Je crois que nous avions besoin de nous retrouver et de faire le point. Nous avons réfléchi à notre avenir et pris des décisions. Gaël et moi avons laissé tomber notre emploi. Des enfants sont nés. Nous avons aussi vécu le départ d’un membre...

- Justement, au sujet de ce changement de line-up, que s’est-il passé ? Pourquoi Rodolphe Coster a-t-il quitté le groupe ?

- Loïc : Il n’y a rien à cacher car nous restons en très bons termes avec lui. Il n’avait tout simplement plus le temps. Rodolphe est impliqué dans plusieurs projets : il fait du théâtre, joue avec Baum et est aussi impliqué dans Poni, un collectif qui réalise des performances d’art contemporain. Il y a des acteurs, des danseurs et des musiciens. Ils ont joué aux Nachten et se produiront bientôt dans plusieurs pays, dont l’Allemagne. Même s’il fut souvent absent, Rodolphe a participé à l’élaboration de l’album et y est d’ailleurs crédité. Nous sommes toutefois arrivés à un moment où il a fallu faire un choix. Il a préféré se mettre en retrait pour ne pas nous freiner. Depuis septembre, nous ne sommes plus que trois. Mais nous continuons à aller boire des pots, et ça se passe très bien.

- De ton côté, tu as aussi un projet solo...

- Loïc : Oui, mais il ne me prend pas tant de temps que ça. L’idée était de donner de temps en temps des concerts, mais uniquement sur demande, sans travailler avec une agence de booking. Je n’ai pas enregistré d’album à proprement parler et ça n’a jamais remis en cause l’existence de Flexa Lyndo.

- Pour ce qui est des concerts, Flexa Lyndo était annoncé à la Boutik Rock. On se réjouissait de vous y revoir, puis votre nom a disparu de l’affiche, remplacé par celui de Starving. Que s’est-il passé ?

- Gaël : En fait, nous avions deux concerts planifiés le même soir. Notre manager a un peu mélangé notre calendrier... Une autre date était déjà arrangée à Marche. On a pensé changer de soir à la Boutik Rock mais, à Marche, nous disposions de la salle pendant une semaine. Il aurait donc fallu démonter tout le matériel pour monter à Bruxelles, changer tous les réglages, puis revenir. C’était pratiquement notre premier concert depuis deux ans, nous avons donc estimé que ce n’était pas réaliste.

- Il y a quelques jours, vous avez joué à Namur, à l’Institut Saint-Louis. Vous êtes attachés à ces concerts dans des lieux que vous connaissez bien, dans votre région ?

- Loïc : Oui, même si, en l’occurrence, nous ne connaissions pas la salle dans laquelle nous avons joué. Saint-Louis est notre ancienne école. Ce n’est pas du tout une école artistique, mais c’est là que nous nous sommes connus. Nous sentons qu’ils sont assez fiers de dire que nous provenons de chez eux. C’est pourquoi ils nous avaient déjà invités à nous produire en tête d’affiche de leur festival, il y a deux ans. En fait, toutes les dates que nous jouons pour l’instant, nous les devons à des gens qui nous font confiance et qui nous appellent sans rien avoir entendu de l’album.

- L’accueil du public est-il différent à Namur, dans votre ville natale, qu’en d’autres endroits ?

- Loïc : Non, ce n’est pas radicalement différent. La Belgique francophone, c’est un timbre-poste. La seule différence, c’est qu’à Namur nous avons plus de famille et de copains dans le public, ce qui nous fout la trouille. Je préfère de loin jouer devant 2.000 personnes à Lyon que devant 400 à Namur. On a connu ça quand on a joué avec Nada Surf, au Transbordeur. C’était beaucoup moins stressant que de jouer dans notre ville...

- Pendant votre absence du premier plan, il s’est passé quelque chose d’énorme en Belgique francophone : la scène pop/rock a pris une véritable ampleur et a reçu un écho bien au-delà de nos frontières. Vous qui étiez clairement précurseurs de cette scène, comment avez-vous vécu ce phénomène ?

- Loïc : Il n’y a pas eu de frustration. Nous avons trouvé ça réconfortant et avons travaillé notre stock de nouvelles chansons en nous disant qu’elles seraient peut-être encore mieux accueillies. De notre temps, on pouvait encore se balader dans la rue sans se faire déshabiller du regard ou sans qu’on nous demande des autographes. C’est vrai que c’est différent aujourd’hui avec tous ces groupes qui ont le vent en poupe. Il y a sans doute eu une pression sur nous car la qualité des albums n’a cessé d’augmenter. Nous sommes très proches des Girls in Hawaii et d’Austin Lace. J’aime beaucoup leurs albums et je les écoute chez moi. Cela a sans doute été une pression supplémentaire au moment de composer, car ils ont mis la barre assez haut. On nous parle souvent de cette vague arrivée juste après nous, mais nous la sentions venir au moment de défendre notre deuxième album. Nous tournions déjà en France avant beaucoup d’autres, et le public y était enthousiaste. J’avoue toutefois que je n’aurais jamais pu imaginer que les Girls in Hawaii allaient vendre 50.000 albums.

- Au moment de la sortie de leur premier E.P., certains critiques traitaient les Girls de sous-Flexa Lyndo...

- Loïc : Je ne sais pas comment interpréter ça. C’est assez péjoratif pour eux, je trouve. Je n’aimerais pas qu’on nous qualifie de sous-Bon Jovi. (Rires).

- Gaël : Je pense que ces références sont positives pour nous, tout comme le fait qu’on nous décrive comme des précurseurs de ce mouvement. On s’en rend compte en ce moment, car on voit que les gens ne nous ont pas oubliés et que les journalistes arrivent tout de suite...

- Loïc : Oui, c’est très gratifiant. Tout comme le fait que, pendant notre absence, notre nom a été très souvent cité dans des chroniques, ou par des groupes eux-mêmes qui nous citaient comme une référence ou un modèle. Je n’imaginais pas que ça durerait aussi longtemps, ni que le groupe continuerait à me passionner à ce point.

- Laisser tomber vos emplois respectifs, c’était une décision difficile à prendre ?

- Loïc : Je ne crois pas, car cette décision s’impose à toi, un jour. On le sent, on a envie d’aller au bout de nos idées...

- Ca dépend sûrement aussi du soutien de votre entourage, et en particulier de votre label...

- Oui,...

- Pensez-vous qu’au moment de la sortie de votre premier album, l’encadrement dont vous avez bénéficié de la part de 62TV Records et de Bang était aussi sérieux et professionnel que celui dont ils ont fait profiter les Girls in Hawaii ?

- Loïc : Dans la mesure de leurs moyens à cette époque-là, oui.

- Gaël : Ces structures ont grandi en même temps que nous. Il est exact qu’ils font des choses aujourd’hui qu’ils ne faisaient pas à l’époque, mais je crois que leur motivation est identique.

- Loïc : Notre première sortie sur 62TV date déjà d’il y a huit ans. A l’époque, comme nous, les responsables du label avaient moins de temps disponible. Je ne pense donc pas que consacrer plus d’énergie aux Girls in Hawaii qu’à nous était volontaire. Les époques ne sont pas comparables. Ce que les gens du label ont appris avec nous a sans doute servi aux Girls, et c’est tant mieux. Il faut aussi souligner l’importance des auditeurs. Il y avait beaucoup moins de monde aux concerts avant. C’est peut-être une question de qualité, mais je crois que là où on se disait hier « c’est un groupe d’ici, on pourra aller les voir une autre fois », on se dit désormais : « ils sont d’ici, ils faut les pousser de toutes nos forces dès maintenant ».

- C’est du chauvinisme ?

- Loïc : Non, c’est une prise de conscience. Nous ne somme pas encore chauvins, je crois.

- Pourtant, au sujet des concerts belges, on assiste à un phénomène étonnant. Beaucoup de spectateurs apprécient indifféremment tous les groupes. Austin Lace n’a pourtant rien à voir avec les Hollywood Porn Stars, et Ghinzu n’est pas sur la même planète que Sharko ou Superlux. Or, beaucoup de gens les aiment tous autant l’un que l’autre...

- Loïc : Je suis toujours interloqué quand des gens me disent qu’ils adorent le rock belge. Cette limitation géographique n’a pas de sens, selon moi. Pourtant, quand on a parle avec des Français, par exemple, ils nous disent qu’ils perçoivent vraiment un fil rouge. Mais comme tu le dis, entre les Hollywood Porn Stars et Austin Lace, musicalement, je ne vois vraiment pas le rapport. Faisant partie intégrante de cette scène, il m’est assez difficile de la commenter davantage. Mais, en tant qu’auditeur, il ne me viendrait jamais à l’idée de dire que j’aime le rock belge.

- Revenons à Slow Club. Comment le public de vos récents concerts a-t-il réagit aux nouveaux morceaux ?

- Loïc : C’est difficile à dire. Je pense que certains morceaux sont plus immédiats que d’autres. On nous a dit plusieurs fois que Love the bomb était assez surprenant, alors que Grand jumble army - le premier single - est plus fédérateur, avec des guitares plus en avant. Nous essayons aussi de travailler avec des projections afin de créer une certaine atmosphère. Lors de notre concert à Marche, nous disposions d’un grand écran de cinéma et le public a assimilé ce concert à un voyage total : il y avait la musique, des sons nouveaux et l’image. L’interaction entre le son et l’image nous attire beaucoup et nous avons trouvé Sam, qui nous aide à développer cet aspect. Nos morceaux lui évoquent des images.

En écoutant l’album, j’ai eu l’impression d’entendre beaucoup de singles potentiels...

- Loïc : Ce que je pense, c’est que les gens auront moins tendance à systématiquement sauter certaines plages. Je sais que sur nos deux premiers albums, quelques morceaux passaient le plus souvent au bleu. Nous ne les renions pas, mais nous sommes conscients qu’ils étaient inférieurs à d’autres. On avait peut-être voulu enregistrer trop vite. Pour Slow Club, on a vraiment pris le temps de travailler les morceaux à fond, sans réelle pression. Du coup, l’album est plus abouti et souffre de moins de faiblesses. Nous avions une base de seize morceaux achevés, parmi lesquels nous avons choisi les onze que tu as pu entendre.

- Les morceaux non retenus ont-ils un avenir ?

- Oui, sans doute. On a envie de les sortir sur un E.P., ou sur un autre support. On verra.

- J’ai été surpris par la première plage de Slow Club, qui est chantée par Nya. N’est-ce pas audacieux d’ouvrir l’album avec autre chose que la voix de Flexa Lyndo ? Je pense aux bornes d’écoute des disquaires, par exemple.

- Gaël : Pour nous, c’est vraiment une introduction à l’album et tant pis pour les bornes d’écoute. On n’y a pas pensé.

- Loïc : Que ce soit ou non la voix de Flexa Lyndo, je trouve ce morceau très catchy. Il porte le titre de l’album, et ce n’est pas pour rien. Encore bien davantage que pour d’autres, son écriture a été très étendue sur la longueur. Nous y avons travaillé des mois durant. Pendant longtemps, nous pensions qu’il s’agirait d’un instrumental. Gaëtan, le batteur, est ensuite arrivé avec la voix de Nya. On l’a samplée et ça collait vraiment bien, malgré ses origines ragga et rap. Les paroles sont aussi en connexion avec pas mal de galères que nous avons vécues.

- Nya n’a donc pas interprété ce morceau ?

- Loïc : Si. Juridiquement, vu que Nya est lié avec EMI France, nous ne pouvions pas utiliser sa voix telle quelle, sans quoi la maison de disques nous aurait envoyé un contrat en trois exemplaires. Nya aimait beaucoup notre musique et il nous a donc proposé de réinterpréter la chanson, avec un texte légèrement adapté. Nous aimions bien l’idée qu’un conteur allait introduire l’album. Ma voix n’arrive que quelques minutes plus tard, mais ça fait partie du voyage.

- Hormis Nya, plusieurs autres invités ont participé à l’élaboration de l’album...

- Loïc : Oui, ça s’est fait un peu au hasard des enregistrements, tout comme le départ de Rodolphe, d’ailleurs. On avait de plus en plus envie de travailler avec des voix féminines et Marie (ndlr : de Smog88) a fait bien plus que ce que nous lui demandions. Elle est allée bien au-delà de nos attentes. Sur le morceau Beyond the satellites, au bout d’un moment, nous n’étions plus sûrs de rien, à part de la voix. Nous avons fait appel aux Austin Lace et ils nous ont rendu une ébauche qui nous a permis de bien rebondir. Quand nous avons l’impression d’avoir tout essayé avec un morceau et qu’il ne nous convient toujours pas, nous n’hésitons pas à le transmettre à des musiciens que nous apprécions, afin de voir s’ils ne peuvent pas en faire quelque chose de mieux. Nous sommes loin de travailler en vase clos.

- Certains de vos nouveaux collaborateurs vous accompagneront désormais sur scène, notamment pour remplacer Rodolphe...

- Loïc : Non, ça c’est impossible ! (Rires)

- Gaël : Marie viendra sur scène avec nous, pour les voix et le clavier. Il y aura aussi Olivier Sorée, le guitariste de Sweek.

- Loïc : On ne demande pas à Olivier de remplacer Rodolphe. Il provient d’un monde très différent du nôtre car Sweek fait du post-rock instrumental, dans la veine de Godspeed et Mogwaï. A part quelques consignes pour des passages auxquels nous tenons sur l’un ou l’autre titre, nous lui laissons le champ libre. Il apporte son univers particulier, et c’est ce qui nous intéresse.

- Sur scène, il y aura donc une relecture de vos anciens morceaux ?

- Loïc : Oui, et nous en avons toujours été demandeurs. Entre le premier et le deuxième album, il y avait déjà pas mal de variations sur scène. Je crois qu’on n’écoute pas de la musique de la même manière dans son salon que dans une salle de concert, il faut donc apporter un plus. C’est ce que nous essayons de faire.

- Quels sont vos morceaux préférés de Slow Club ?

- (Long silence) ... C’est très difficile à dire, tu as la liste ?

- Non.

- Gaël : Je suis personnellement très attaché à Lo. Ce morceau est entouré d’une certaine magie difficile à expliquer. Sa création est partie de nappes, d’ambiances. On a finalement l’impression qu’il ne s’agit que d’ambiances superposées les unes aux autres...

- Loïc : J’aime aussi beaucoup ce genre d’accidents heureux. Il s’agit vraiment d’un assemblage de petits bouts dont nous ne savions trop que faire. Lo est aussi un morceau sans guitares. Je l’ai écrit à une époque où je n’avais plus trop d’idées de compositions avec cet instrument. J’aime aussi beaucoup Beyond the satellites, car c’est une chanson qui a radicalement évolué sous les conseils avisés d’Enzo et Lionel d’Austin Lace. J’ai encore rajouté des couches de guitares et le morceau ne ressemble absolument plus du tout à ce qu’il était au départ. Il y a plein de guitares qui sont séquencées, inversées, retournées, et pourtant ça sonne immédiat. C’est un peu la quintessence du morceau : il est à la fois immédiat et complètement perverti.

- Cette démarche d’enregistrer un morceau sans guitare, à laquelle tu faisais allusion pour Lo, n’est pas sans rappeler Radiohead période Kid A. Ca fait partie de vos influences ?

- Loïc : C’est un album que j’ai détesté très fort, ce qui est plutôt bon signe car, souvent, à force d’écoutes, je finis par les adorer. J’ai vécu pareille expérience avec Loveless de My Bloody Valentine. La première fois que j’ai écouté Kid A, je me suis dit que c’était une grosse merde prétentieuse. Plus tard, en un coup, je suis tombé complètement dedans et j’ai tout compris. C’est un album très difficile d’accès, et il le reste même après plusieurs écoutes. C’est ce qui m’intéresse. On ne leur arrive pas à la cheville, mais j’aimerais aussi citer les Beach Boys. Ils ont souvent composé des morceaux transparents, accessibles, mais très pervertis, avec des batteries qui ne sonnent pas comme des batteries et toutes sortes d’expérimentations... C’est ce qui fait que des albums comme Pet Sounds continuent à faire couler autant d’encre, encore aujourd’hui. Idem pour The Soft Bulletin des Flaming Lips, à la fois accessible et complexe. Je n’en suis pas encore revenu. Au moment de composer Beyond the satellites, je pensais aussi beaucoup à TV On The Radio, notamment pour le traitement des guitares.

- Quelles sont vos ambitions pour cet album ?

- Loïc : Déjà de faire mieux que les précédents...

- Ce serait un bon début !

- Oui, je suis déjà content car j’arrive à l’écouter...

- Pas les précédents ?

- Non... Après plusieurs semaines de studio, je n’osais pas réécouter nos disques car j’avais peur de me dire qu’on aurait pu mieux jouer certains passages, ou trouver de meilleures idées. Ici, ce n’est pas le cas car nous avons vraiment tout essayé. Au-delà de cette ambition première, nous espérons sortir Slow Club à l’étranger et pouvoir l’y défendre, comme nous l’avions déjà fait pour nos précédentes productions.

- Vous ambitionnez, comme d’autres groupes belges l’ont fait ou vont bientôt de le faire, de jouer à l’Elysée Montmartre, à l’Olympia et dans de grands festivals européens ?

- Loïc : J’aime beaucoup ces endroits que tu cites, mais je serais tout aussi heureux pouvoir de jouer dans des salles du style de la Rotonde, en Espagne ou en Allemagne, même en lieu et place de l’Elysée Montmartre. Nous avons des morceaux très immédiats, comme tu nous le disais, et je pense que nous avons peut-être une chance de les faire apprécier à des publics très différents, un peu partout. C’est ce que font les Girls in Hawaii. Pas mal de gens qui les apprécient n’écoutent pas forcément beaucoup d’autres groupes, mais ils ont accroché à leurs morceaux les plus accessibles. Evidemment, si on nous propose de jouer à l’Olympia, on ne dira pas non...

- Le fait que presque tous les groupes belges qui marchent soient hébergés chez Bang ne crée-t-il pas une sorte de compétition interne entre vous ? Puisque Ghinzu va jouer à l’Olympia, n’est-ce pas un peu, d’une certaine façon, le record à battre ?

- Loïc : Non, je ne crois pas. On ne connaît pas tous les groupes. Les Ghinzu, nous les voyons très rarement. Nous sommes beaucoup plus proches des Austin Lace, qui sont de bons amis. Du fait de notre absence des scènes pendant toute une période, il y a pas mal de nouveaux groupes que nous ne connaissons pas du tout. Je pense par exemple à Soldout, je trouve leur musique intéressante, mais je ne les ai jamais rencontrés. De l’extérieur, on pense souvent que tous les groupes belges se connaissent, mais ce n’est pas exact. En ce qui nous concerne, nous avons surtout des rapports avec les groupes de Liège. C’est le cas des Hollywood Porn Stars car leurs membres font aussi partie de My Little Cheap Dictaphone, Piano Club et Airport City Express, des groupes que nous avons croisés par ailleurs. Pour ce qui est d’une concurrence à l’intérieur de Bang, je ne sais pas. Cette structure est de plus en plus grande et est divisée en plusieurs labels : 62TV et Anorak (*), par exemple. Je ne dis pas que ces gens ne se parlent pas, mais ce qu’ils font n’est pas nécessairement comparable. Il y a peut-être une forme de compétition, mais surtout beaucoup d’échanges de tuyaux. Quand tu prends l’exemple de Ghinzu à l’Olympia, c’est dû avant tout à Atmospheric. Flexa Lyndo aussi a joué dans de bonnes salles comme le Vapeur à Dijon. Leurs programmateurs restent d’ailleurs très attentifs à ce que nous faisons, ça se reproduira donc peut-être...

- Tu parlais de la scène rock liégeoise, qui est effectivement très prolifique. As-tu l’impression que quelque chose de semblable peut se passer à Namur ?

- Loïc : Ca commence seulement à bien bouger à Namur et dans les environs. Il y a toujours eu assez bien de concerts, mais peu de musiciens habitaient sur place. Des gens comme Sam, Marie et Olivier, qui nous ont aidés pour Slow Club, vivent tous dans la province de Namur, entre Andenne et Dinant. Je suis aussi impliqué dans le projet Slo*Blo avec Piotto, qui habite à deux rues de chez moi, à Jambes. Précédemment, nous avions l’impression d’être très isolés.

- Gaël : Tous ces gens font partie de Carte Postale, un nouveau label.

- Demain, vous allez jouer aux Fêtes de la Musique de Louvain-la-Neuve. Un autre groupe namurois sera présent, il s’agit de Calista. Vous les connaissez ?

- Loïc : Oui, pas personnellement, mais on leur a souvent parlé lors de concerts. Comme j’ai fait partie du jury du concours Verdur Rock 2004, auquel ils ont participé, je leur avais dit qu’ils avaient fait un début de concert du feu de Dieu. J’avais beaucoup aimé car, à mon avis, ils ont écouté la même musique que moi. My Bloody Valentine et Slowdive, notamment. J’ai été étonné qu’un groupe avec une telle purée de guitares soit originaire de Namur. Malheureusement, comme je leur ai dit, leur concert au Verdur s’était assez mal terminé. Mais depuis, ils m’ont transmis leur album et je les suis de près. Non seulement parce que je suis friand de musique, mais aussi parce que je crois qu’il ne faut pas se limiter aux Sacrés Belges, il y a beaucoup d’autres choses intéressantes à côté.

- Vous faites partie des Sacrés Belges ?

- Loïc : Non, nous étions déjà en pause quand ils ont commencé, et je ne sais pas s’ils vont encore faire quelque chose... Il serait aussi dommage de passer à côté de Carte Postale, Matamore, etc. Ca m’intéresse tout autant.

- Vous avez commencé votre carrière sous le nom de De Profundis, qui vous a souvent valu à tort l’image d’un groupe de death-metal. La vraie influence, c’était Oscar Wilde ?

- Loïc : Oui... Nous étions jeunes. C’était une idée de Marc, notre batteur de l’époque. Pour la petite histoire, il fit partie de Fred & The Healers pendant de nombreuses années par la suite. Il était sorti du cours de religion et, dans ses psaumes, avait vu De Profundis. Je connaissais le bouquin d’Oscar Wilde et je trouvais que ça sonnait bien, mais sans du tout penser que ça nous vaudrait d’être connotés black-metal ou quelque chose dans le genre.

- Beaucoup d’artistes se sont réclamés d’Oscar Wilde, notamment Morrissey. Il fait partie de votre univers ?

- Loïc : On se réclame plus de Morrissey que d’Oscar Wilde, oui. C’est un des rares dont je connaisse beaucoup de textes. Je n’aime pas tout dans les Smiths, ni dans la carrière solo de Morrissey, mais ses paroles frappent mon imaginaire. Avec Black Francis, ce sont mes deux mentors. Dans la voix, apparemment ça se sent car on me parle de Morrissey toutes les semaines. C’est amusant car je ne suis ni un fan transi des Smith ni un poseur qui lit les Inrockuptibles, mais les morceaux sont très bons et j’accroche. Ca doit être à cause du côté lyrique romantique, dont je ne me suis jamais départi, même quand on jouait des choses beaucoup plus lo-fi.

- J’ai fait écouter Grand jumble army à une amie qui m’a dit que ta voix lui faisait penser à celle de Billy Corgan. C’est la première fois qu’on vous la fait, celle-là ?

- C’est déjà arrivé, mais ça faisait longtemps. Certains de nos anciens morceaux étaient très influencés par les Smashing Pumpkins. Peut-être que parfois ma voix a aussi ce côté nasillard à la Billy Corgan, je ne sais pas. Je laisse ce genre de considérations aux commentateurs. Si on commençait à se dire « on va faire un morceau à la Smashing Pumpkins ou à la Morrissey », je crois que ce serait le début de la fin. Ce n’est pas notre manière de travailler.

- Puisque j’ai décrypté l’origine de De Profundis, pouvez-vous nous expliquer d’où vient le nom Flexa Lyndo ? Qu’est-ce que ça veut dire ?

- Loïc : Rien, ça ne veut rien dire. Nous nous appelions Flexa Lyndo avant de nous appeler De Profundis, puis nous sommes revenus à ce nom pour la raison que tu évoquais tout à l’heure. Quand j’ai acheté ma toute première guitare électrique, à La Panne, avec le batteur de l’époque, nous voulions fonder un groupe et nous cherchions un nom. Nous avons donc observé les enseignes et assemblé des parties des mots... Jusqu’à trouver quelque chose qui sonnait bien.

- C’est un peu le procédé de William Burroughs...

- Loïc : Exactement, le cut-up. Après nous être rendus compte que De Profundis était trop connoté, nous sommes revenus à Flexa Lyndo, car c’est une appellation dadaïste. C’est à nous et ce n’est pas au dictionnaire. On nous dit souvent que c’est imbuvable ou impossible à retenir, mais au moins nous sommes les seuls à nous appeler ainsi. Même s’il n’y a rien à comprendre, beaucoup de gens essaient de l’interpréter. On nous parle de flexa, la souplesse, et de lindo qui veut dire doux en espagnol... Et puis, nous avons les mêmes initiales que les Flaming Lips !

Photos : (c) Frédéric Oszczak - 2005. Droits réservés.

- (*) A la demande de son Responsable, nous précisons que le label Anorak Supersport est indépendant de Bang. Même si cette société assure la distribution de la plupart des albums des artistes Anorak, le label agit en totale autonomie.





Jérôme Delvaux