Pop-Rock.com


Bruxelles, 3 mai 2005
Kelly De Martino : "Être triste fait partie du jeu..."
Interview

jeudi 19 mai 2005, par Geoffroy Bodart

DANS LA MEME RUBRIQUE :
Front 242 : "Nous ne sommes ni camés, ni fachos"
Dogs Die In Hot Cars : "Nous sommes la nouvelle new wave !"
The Young Gods : "Est-ce qu’il existerait une drogue qui rende lucide plutôt que stupide ?"
Sissi Lewis : "On doit définitivement avoir une approche visuelle de la musique"
Sergio Taronna : "J’ai rêvé qu’un avion transportant tous mes groupes explosait en plein vol"
Ghost Circus : "J’ai été guidé pour faire cet album"
Parade Ground : "On va agresser les gens, essayer de leur vomir dessus"
Arno : "J’essaie d’exprimer mes sentiments avec une larme et un sourire"
Minerale : "On ne cultive pas notre image d’aristocrates du rock !"
Daniel Hélin : "Je ne sais pas qui je suis"


La veille de cette entrevue avec Kelly De Martino, j’ai assisté, médusé, à l’interview du sale blanc-bec qui joue le rôle d’Anakin Skywalker dans le dernier Star Wars. Entre les « je suis très fier d’interpréter ce rôle » et les « c’est un grand honneur de travailler avec quelqu’un comme Georges Lucas », j’ai senti monter l’angoisse en moi. Et si Kelly De Martino me sortait les mêmes réponses formatées et stéréotypées ? Saurais-je contrôler mes élans de cynisme naturel ? Dieu merci, la chanteuse américaine s’est montrée semblable à l’idée qu’on peut se forger d’elle à l’écoute de son premier album : simple et authentique.

- Pop-Rock.com : Pourriez-vous définir votre album à quelqu’un n’ayant pas entendu parler de vous ?

- Kelly De Martino : (Long silence). C’est très difficile de décrire ma propre musique, car je n’y pense jamais vraiment. Ce que je veux dire, c’est que je veux être honnête, « vraie » avec ce qui m’arrive. C’est un dialogue entre Dominique Depret qui a produit l’album et moi-même. Pour moi, c’est une conversation à propos de l’amour, entre la beauté et la douleur de l’amour.

- Le ton général de l’album est assez triste. N’écrivez-vous que des chansons tristes ou était-ce votre volonté de composer un album dans cette tonalité ?

- Je ne pense pas que c’est un album triste. Je pense en vérité que c’est très courageux de dire que vous aimez quelqu’un, ou que vous avez tout perdu ou que vous ressentez de la douleur parce que vous aimez quelqu’un. Pour moi, il y a beaucoup d’espoir dans tout cela, donc je ne pense pas qu’on puisse dire que cet album est triste. J’ai voulu raconter l’histoire de deux personnes qui s’aiment, mettre tout cela en musique. Être triste fait partie du jeu. Il y a plus de fierté que de tristesse dans mon album.

- L’album fini correspond-t-il à vos attentes ?

- Oui, j’ai l’impression que la musique, les compositions, sont juste le commencement, la base. Sachant cela, et sachant que mon objectif principal était de dire la vérité, musicalement, sans artifice, je pense qu’aucune note, à aucun moment, ne dit autre chose que la vérité. De cette manière, je pense que j’ai fait exactement ce que je voulais faire. Mais je pense aussi qu’il y avait beaucoup d’autres moyens d’arriver à cet objectif.

- N’est-ce pas intimidant de se livrer ainsi à travers ses chansons ?

- En fait ça ne l’était pas car quand j’ai écrit les chansons, et enregistré l’album, je ne pensais pas que qui que ce soit les entendrait. Tout ce que je voyais, c’était la chance qui m’était donnée d’enregistrer ces chansons. Et je pensais que seuls mon père et mes amis les plus proches écouteraient l’album. Donc il n’y avait pas de problème à raconter mon histoire de cette façon. Et puis l’album est sorti et j’ai réalisé que j’avais inclus une grande part de moi-même. Ce fut un choc.

- C’était trop tard !

- (Rires). Ça m’a peut-être un peu effrayé au début. Mais en même temps, je me suis dit que beaucoup de gens pourrait se retrouver dans mes chansons, et ça m’a réconfortée.

- Mais maintenant, il vous faut les jouer en live. N’est-ce pas difficile d’obtenir la même expressivité, la même intensité, quand on est sur scène ?

- Non, pas vraiment, parce que je raconte toujours cette même histoire, qui est réelle pour moi, et je me sens toujours dans le même état d’esprit qu’au moment où j’ai écrit les chansons. Donc j’ai vraiment apprécié la tournée que je viens d’effectuer, et de jouer devant tous ces gens.

- Comment le public accueille-t-il vos titres ?

- C’est difficile à dire, parce que je sais que ces gens sont avec moi, mais je reste très concentrée sur moi-même. Donc je ne suis pas très sûre de ce qu’ils pensent.

- Votre album étant assez court, jouez-vous des reprises, ou de nouvelles chansons ?

- La seule reprise est celle qui figure sur l’album : Open the Door. Et en concert, je joue deux nouvelles chansons qui ne sont pas sur l’album.

- Peut-être sur le prochain ?

- Je l’espère.

- Vous pensez déjà à un deuxième album ?

- Je pense déjà à écrire de nouvelles chansons. Nous enregistrerions en avril prochain.

- Vous nous parliez d’Open the Door. Je trouve personnellement que c’est la chanson la moins représentative de l’album. Elle est plus entraînante, et en plus c’est une reprise. Etait-ce votre choix de la sortir en single ?

- Non, pas du tout. C’est une chanson étrange. Car l’album raconte une histoire. Et certaines personnes disent : « ouf ! ça fait du bien ce petit break ». En fait, ce qui s’est passé, c’est que quand j’ai appris à jouer de la guitare, ce fut la première chanson que j’ai appris à jouer. Et je l’ai jouée pendant des années. Ca rendait fous les gens car c’est une chanson qui s’incruste dans votre tête. En studio durant l’enregistrement de Radar, alors que nous faisions un break, j’ai joué cette chanson et Dominique Depret a dit : « c’est génial, enregistrons-là ! ». Et je pense que ça a étonné certaines personnes car c’était en dehors de ce que j’avais écrit. Mais je m’y identifie car c’est une chanson sombre, sous ses dehors pop. Ce qui est d’ailleurs mon genre de musique favori, car c’est assez bluffant. Comme Eels, par exemple. On a envie de danser, de rire, il y a des superbes mélodies, et en fait vous chantez à propos de quelqu’un qui est mort, quelqu’un que vous avez perdu. C’est quelque chose d’intéressant en musique.

- A la radio nous pouvons entendre Bumblebees. Pensez-vous que c’est un bon choix pour présenter votre album ?

- Sans aucun doute.

- Reparlons un peu de vos influences. Vous mentionniez Eels...

- Oui, je les écoute depuis des années. Il y a vraiment quelque chose au niveau de l’écriture des morceaux. J’aime également beaucoup Sparkelhorse. Lucinda Williams aussi. C’est une chanteuse folk-country américaine, elle a une voix magnifique. J’ai aussi joué pendant tout un temps pour un groupe qui s’appelle Marjorie Fair et je sens que cette musique m’influence beaucoup.

- Vous avez beaucoup voyagé, à travers les Etats-Unis et en dehors. Cela a-t-il eu une influence sur votre perception de la musique, sur votre manière de composer ? En d’autres termes, pensez-vous que vous auriez pu composer le même album si vous étiez restée au même endroit ?

- (Hésitante). Non. Quand je vivais à New-York, je me forçais à jouer de la guitare. Chaque nuit je m’asseyais et je jouais de la guitare. C’est à cette période que j’ai composé New Orleans, et j’étais influencée par l’ambiance et mon style de vie là-bas. Quand je suis allée à L.A., mes compositions étaient un peu plus dures, plus rock. Et quand je suis venue à Paris, et que j’ai rencontré Dominique Depret, j’ai pris des leçons de guitare, nous avons beaucoup travaillé ensemble et mes compositions ont pris une autre tournure. C’est de là que des chansons comme My Little Fighter viennent.

- Et pourquoi avez-vous traversé l’océan pour venir à Paris ?

- J’avais le cœur complètement brisé, et je voulais être toute seule, là où personne ne me connaissait, où personne ne pouvait me trouver, ou m’appeler. Alors j’ai disparu, pendant un mois. Et je ne voulais connaître personne. Je voulais être complètement seule, parce que je me sentais vraiment perdue. C’est à ce moment, dans l’avion, que j’ai réalisé que je voulais enregistrer un disque. Et donc je suis venue à Paris, mais je n’avais pas ma guitare. Bien que je n’avais pas envie d’être liée à qui que ce soit, j’ai appelé Dominique pour qu’il m’aide à trouver une guitare, et c’est peut-être le meilleur coup de téléphone que j’aie jamais donné de ma vie.

- Vivez-vous toujours à Paris ?

- J’ai fait ce voyage par moi-même, et j’ai signé un contrat avec Village Vert très rapidement. J’ai vécu à Paris pendant l’année et demi qui a suivie, pour l’enregistrement, le mixage du disque, etc. Mais je suis retournée chez moi, à New York ou Los Angeles quelque fois par an, mais juste pour quelques semaines.

- Avez-vous maintenant la volonté de poser vos valises ou allez-vous reprendre la route ?

- Je retourne à L.A. demain, je n’y suis plus allée depuis quelques mois. C’est étrange car j’ai vécu longtemps à Paris, et je bouge tout le temps. Je ne sais pas où est mon « chez moi ». C’est vraiment la vie de bohème.

- Vous nous avez déjà parlé plusieurs fois de Dominique Depret. Pouvez-vous nous en dire un peu plus sur lui ?

- C’est un des guitaristes au jeu le plus magnifique que j’aie jamais rencontré. Il a des accords très simple, des mélodies et des paroles très simples. La première fois qu’il a pris sa guitare, il m’a dit des choses avec sa guitare à propos de mon histoire qui ouvrent complètement les autres émotions et les font paraître plus intenses, plus complexes. C’est juste quelque chose à propos de notre relation et de la façon dont nous communiquons. Pour moi ça a été quelque chose de très spécial. J’adore faire de la musique avec lui. Tout peut disparaître, le monde peut s’arrêter, peu importe l’heure, si je suis avec lui en train de jouer de la musique, c’est le meilleur endroit au monde.

- Donc je suppose que vous travaillerez à nouveau ensemble pour votre prochain album...

- On verra... Peut-être. J’y penserai, oui.

- Il vous accompagne en tournée ?

- Nous venons juste de terminer une tournée. Pour cette occasion nous avions tout un groupe. Mais il fait aussi partie d’un autre groupe, Holden, et il faut aussi compter avec eux.

- Votre tournée passera-t-elle par la Belgique ?

- Je l’espère. J’en serais ravie, mais je ne sais pas si une date a été prévue.

- Parlons d’autre chose. Vous avez connu différentes carrières, précédemment : actrice, styliste. Pouvez-vous nous en parler un peu ?

- J’ai commencé comme actrice pour la télé ou des films à Los Angeles. J’ai essayé d’arrêter et suis allée à New-York, mais ça ne m’a pas quitté. Je faisais des trucs commerciaux pour la télé à L.A., mais ça ne correspondait pas à qui j’étais et quand je suis arrivée à New-York, il fallait que je fasse des films un peu plus dans mon style. Mais à cette époque, j’ai rencontré Marjorie Fair. C’est le premier groupe auquel j’ai participé, la première fois que j’ai eu envie de faire de la pop. C’était un tout petit groupe folk. Nous n’avions même pas de batteur. Quand nous avons enregistré un disque, ça a pris de l’ampleur et ils sont partis à L.A. Moi je suis restée à New York car j’avais encore des choses à faire là-bas. Et par accident, quelqu’un a remarqué mes vêtements, car je fais mes vêtements moi-même, et je suis entrée dans le monde de la mode. C’est assez cool, car en à peine une année, en créant des vêtements, j’ai récolté assez d’argent pour partir à Paris, pour disparaître. Ce fut assez dur, mais je suis contente de faire de la musique maintenant.

- La musique est-elle juste une étape, ou comptez-vous poursuivre dans cette voie ?

- Je ne pense pas avoir définitivement arrêté mes autres activités. Je fais toujours du cinéma, peut-être un film tous les deux ans maintenant, je fais toujours mes vêtements moi-même, mais je sentais que je devais encore essayer de faire de la musique. C’est quelque chose dans lequel je veux vraiment m’impliquer. J’ai senti que j’avais le courage de me lancer complètement dans la musique maintenant. Donc je n’ai pas l’impression que c’est une étape. Peut-être que je serai un chef coq l’année prochaine, je n’en sais rien. (Rires). J’aimerais bien, je serais probablement une bonne cuisinière, mais pour l’instant, je préfère la musique.

- Vous nous avez dit que vous retourniez à Los Angeles demain ? Allez-vous y présenter votre album ?

- Non. Je viens juste de finir une tournée, et je reprends les concerts à Paris le 15 juillet. D’ici-là, je retourne chez moi voir si mon appartement n’a pas brûlé, faire une caresse à mon chat. Et voir mon petit ami, ça pourrait être une bonne idée. Il part en tournée quinze jours après que je sois rentrée. On ne s’est vus que douze jours cette année.

- Votre album étant sorti sur un label français, sera-t-il distribué aux Etats-Unis ?

- Pas que je sache. Mais peut-être. Une chose que je peux dire, c’est que ce n’est pas ce que je recherche à tout prix. Je voulais apprendre à jouer de la guitare avec Dominique, je voulais enregistrer mes chansons, mais je ne vais pas courir après une distribution aux Etats-Unis. Si quelqu’un entend mon album et marque de l’intérêt, alors c’est que ça devra se passer comme ça.

- Etes-vous attentive aux critiques émises sur votre album ? Etes-vous satisfaite de l’accueil qui lui est réservé ?

- Je ne parle pas français, et toutes les critiques sont en français. A l’une ou l’autre occasion, j’ai demandé qu’on me les traduise, mais je ne veux plus m’y fier. La première que j’ai trouvée disait « Etrange et belle américaine » (en français). J’ai demandé ce que ça signifiait, et on m’a dit « Beautiful american ». J’ai répondu « Non ! Il y a un mot qui manque. Qu’est-ce qu’il veut dire ? ». On m’a dit « strange ». « Quoi ? Je savais qu’on me cachait quelque chose » (rires). Donc, je crois savoir en gros ce qu’on en dit, mais sans plus.

Merci à Vincent pour le coup de main lors de la retranscription.

Photos : © Frédéric Oszczak - 2005. Droits réservés.



Répondre à cet article

Geoffroy Bodart





Il y a 2 contribution(s) au forum.

Kelly De Martino : "Être triste fait partie du jeu..."
(1/2) 6 mai 2015, par warw3w
Kelly De Martino : "Être triste fait partie du jeu..."
(2/2) 24 octobre 2012, par icetears




Kelly De Martino : "Être triste fait partie du jeu..."

6 mai 2015, par warw3w [retour au début des forums]

Kelly De Martino is such a great artist. Hope she will do more content. - Review Solution

[Répondre à ce message]

Kelly De Martino : "Être triste fait partie du jeu..."

24 octobre 2012, par icetears [retour au début des forums]

Le contenu de cet commodity renvoi Г la Place du mouvement sportif associatif, malheureusement bafouГ© de additional en additional par les institutions elles mГЄmes. Lappropriation despace accessible par des В« angel de club В » en quГЄte de image risque de faire de Coubertin un espace quatari du duke ball.
jogos da barbie e da polly
jogos da polly pocket na montanha russa

[Répondre à ce message]