Pop-Rock.com


Bruxelles, Wolurock Festival, 14 août 2004
Showstar : "Tout le monde en a marre de ce qu’on a fait de la scène belge !"
Interview

mardi 17 août 2004, par Jérôme Delvaux

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We are ready, le premier album de Showstar, est sorti en mars 2003 chez Anorak Supersport. Depuis, le groupe n’a pratiquement pas cessé de tourner. Alors que l’album sortira en France en novembre et qu’un deuxième opus est déjà en préparation, le temps semblait venu de faire le point sur le présent et l’avenir de cette très prometteuse formation. Après notre rendez-vous manqué à Dour, c’est au Wolurock que je retrouve Christophe Danthinne, chanteur jovial et peu amateur de langue de bois.

- Pop-Rock.com : Hier vous jouiez à Visé. Ce soir, c’est le Wolurock. Demain, vous serez à Vielsalm. C’est vraiment un train d’enfer pour Showstar en ce moment...

- Christophe : Oui, mais nous arrivons quand même à la fin de la grande tournée qui a débuté avec la sortie de l’album, début 2003. Ce week-end, c’est vrai que c’est hard core, mais c’est un plaisir à chaque fois de toute façon.

- Durant cette tournée, vous avez fait Dour, Nandrin, le Botanique, etc. Est-ce qu’il y a une date en particulier que tu retiens comme plus marquante que les autres ? Au niveau de l’accueil du public par exemple.

- C’est très difficile à dire car c’est chaque fois très différent. C’est clair qu’il y a des endroits dont on se rappelle moins car ce n’était pas vraiment exceptionnel, ni pour nous, ni pour le public. Toutefois, il y a effectivement quelques dates qui sortent du lot : là où on a joué devant beaucoup de monde et où il s’est vraiment passé quelque chose. C’était le cas à Natoye. A Dour également et ça nous a fait plaisir car c’était la troisième fois qu’on y jouait et on n’était pas vraiment content de ce qu’on y avait fait les années précédentes. Nandrin cette année, c’était très bien aussi. Même chose, on y avait joué en 2003 et on n’était pas satisfait de notre prestation. Dour et Nandrin étaient donc, en quelque sorte, deux revanches. On n’aime pas rester sur des défaites.

- Le son de Showstar en live est vraiment très rock. En écoutant l’album, j’ai été un peu surpris par la production qui est très propre. Es-tu vraiment content de We are ready sur disque ?

- Avec le recul et après toutes les péripéties que nous avons vécu durant cet enregistrement, qui fut vraiment très difficile, ce qui ressort du disque est presque pour nous un sauvetage. Maintenant, c’est clair qu’on n’est pas sourd, et que ça ne représente pas tout à fait ce que Showstar est sur scène. Showstar est vraiment un groupe de scène et il est très difficile de reproduire ça en studio. La solution de facilité, c’est donc de faire des choses qui sont propres. Au moins, c’est en place, il n’y a pas vraiment d’aventure, mais nous avons un produit fini. Je t’avoue que je n’ai jamais réécouté l’album depuis sa sortie. J’entends de temps en temps les morceaux à la radio, mais ce n’est pas ce qui me plait le plus. Je préfère franchement retenir ce qui se passe en concert et l’échange avec les gens. En résumé, l’album c’est un souvenir mitigé mais ça nous a appris beaucoup de choses. C’était un vrai apprentissage.

- Une autre surprise avec cet album, c’est sa pochette. On est étonnés par sa sobriété. Beaucoup de groupes, à l’heure actuelle, n’aiment pas se montrer sur un disque. Pour vous, c’était un choix délibéré ?

- Au tout départ, on ne souhaitait pas montrer nos têtes. Je pense que ce n’est pas vraiment intéressant. Après moult discussions - car Showstar c’est vraiment un groupe : 6 personnes qui ont chacune une voix et qui décident tout ensemble - on a fait plusieurs projets. Un premier n’a pas pu être retenu pour un problème de droit d’image. Ensuite, on a changé de pochette quand on a repressé l’album (ndlr : Showstar a quitté le distributeur Bang ! au profit de Distrisound). Le label et le distributeur souhaitaient une nouvelle couverture car, selon eux, l’autre (ci-dessus) n’était pas assez rock. Ils voulaient quelque chose de plus frappant et nous ont dit « vous êtes un groupe de rock alors montrez vos gueules ! ». Mais l’album va sortir en France et ce sera encore avec une autre pochette…

- L’album sera dans les bacs en France en novembre. Vous avez déjà une promo qui est prévue, ou une tournée ?

- La promo a commencé, je pense. On a signé chez un petit label indépendant, avec des petits moyens, mais on est déjà hyper content de pouvoir sortir We are ready en France. On est en train d’essayer d’y planifier une petite tournée. Ce sera principalement dans le nord, au départ, car il faut savoir qu’on travaille encore tous en dehors du groupe. Goupiller des dates en semaine est donc très difficile.

- Revenons au live, précisément. Tu disais tout à l’heure que Showstar est vraiment un groupe de scène. Je pense que tout le monde sera d’accord là-dessus. Mais ce qui est très frappant dans vos concerts, c’est ce personnage que tu as tendance à camper. Tu apportes beaucoup de théâtralité à vos sets, que ce soit par ton jeu de scène, ou par tes interventions entre les morceaux. Il n’y a pas seulement la musique, il y a aussi un aspect visuel très intéressant. Alors la question que j’ai envie de te poser est la suivante : la comédie, c’est ta deuxième vocation ?

- Oui… (hésitant)

- Tu n’as pas conscience de cet aspect ?

- Si. Ce n’est pas vraiment un choix, en fait. C’est comme ça depuis le début. Ca fait partie de ma personnalité. Sur scène, j’essaie de ne pas trop réfléchir et je fais vraiment tout ce qui me passe la tête. Ce n’est pas du tout réfléchi, il n’y a rien de planifié…

- C’est totalement spontané ?

- A fond ! Le but de Showstar, c’est ça : un moment bien précis dans un endroit bien précis et il se passe quelque chose. Un concert, pour moi, c’est un spectacle. C’est pour ça que je n’aime pas trop les festivals où on doit jouer en pleine journée dehors, car toutes les conditions ne sont pas propices à voir un spectacle. Chez nous, rien n’est calculé, contrairement à d’autres où c’est toujours les mêmes choses qui reviennent, les mêmes blagues, etc. C’est dommage car ça enlève le côté spontané et intéressant de ce qu’ils font. Le rock’n’roll, c’est une musique de l’instant.

- Showstar est apparu à un moment où beaucoup d’autres groupes belges étaient en train d’émerger. Je pense à Ghinzu, à Sharko, etc. On dit que vous êtes tous copains entre-vous. Est-ce que c’est vrai ?

- Non ! Je crois que c’est normal...

- J’ai publié le fait qu’à Dour, tu avais, peut-être par humour ou par ironie, attaqué Girls in Hawaii. J’ai vu que sur votre newsletter, vous aviez cité cet article, tout en omettant ces passages-là. Alors, que faut-il en déduire ? Quelles relations avez-vous avec les Girls in Hawaii ?

- Tu penses que ça intéresse des gens ?

- Oui, je pense.

- Ca intéresse des gens parce que c’est toi qui a lancé la polémique…

- Non, c’est toi qui l’a lancée sur la scène de Dour !

- Non, tu as peut-être mal interprété ce que j’ai dit…

- Tu as dit, demain il fera mauvais car les Girls in Hawaii seront là.

- Ce n’est pas ce que j’ai dit. J’ai dit « il fait chaud, profitez-en car demain il pleut et il y a les Girls in Hawaii ». Maintenant, je suis d’accord que ça peut être interprété de différentes manières. Quelque part, c’est de la provocation, un désir de déstabiliser les trucs établis, évidemment. Mais à côté de ça, leurs premiers concerts, les Girls in Hawaii les ont fait avec nous. Les plus grosses fêtes qu’on a fait, c’était avec eux. Ils ont la même manière d’envisager la musique que nous, c’est-à-dire de ne pas se prendre la tête, faire la fête et en profiter. Notre relation avec eux, c’est ça. Et je pense qu’ils diront la même chose. A Saint-Vith (ndlr : au A-Live Festival), nous étions ensemble, on en a discuté et on bien rigolé. Pour tout te dire, on a même pensé à faire une fausse bagarre entre groupes sur la scène… Mais bon, on est en Belgique, pas en Angleterre, et on n’a pas de NME.

- A qui penses-tu quand tu dis que tu n’aimes pas les groupes qui font toujours les mêmes blagues, etc ?

- Je pense à Sharko. Je ne suis pas le seul à le dire, mais c’est son choix et je le respecte. S’il se sent bien dans ce truc-là, tant mieux. C’est mon avis et je ne lui ai jamais dit « écoute David, change un peu ». Je ne porte aucun jugement. Il fait sa musique, ce n’est pas la même que la notre, et c’est très bien comme ça. Dans la scène belge que tu citais tout à l’heure, chacun a son créneau et les groupes ne se ressemblent pas. C’est ce qui fait la force et la richesse de cette scène. Si tous les groupes étaient identiques, le public se serait lassé tout de suite. Tout le monde commence d’ailleurs a en avoir marre de ce qu’on a fait de la scène belge, le phénomène et l’étiquette « Sacrés Belges », etc. Déjà nous, on en a marre et je pense que les gens commencent vraiment à en avoir marre aussi. Il est grand temps que ça se calme car ça dépasse tout. Le phénomène de mode, c’est vraiment quelque chose qui ne nous touche pas. Aucun des autres groupes non plus d’ailleurs, je pense.

- Malgré tout, cette scène belge s’est montrée solidaire à plusieurs reprises. Je pense à une initiative qui a été très bien perçue dans le public, comme le concert de soutien que vous avez donné pour Belgorock.be au Recyclart...

- Tu sais, le premier geste de solidarité a été envers nous. Quand on a sorti l’album, en mars 2003, on s’est fait voler tout notre matériel et notre camionnette, juste avant le premier concert de la tournée. Suite à ça, un festival qui s’appelait Camion’Aid a été organisé à Huy. On a contacté des groupes qu’on connaissait, notamment Mud Flow et Jéronimo, et ils sont venus tout de suite. Comme nous, ils trouvaient ça insupportable et absolument infâme et ils ont accepté de jouer gratuitement pour nous aider. Ce fut une grande fête, avec plus de 1.000 personnes. Ca fait un petit temps que je suis dans la musique en Belgique et, à ce moment-là, j’ai senti qu’il se passait vraiment quelque chose entre les groupes et avec le public. Je ne dit pas que c’est nous qui avons lancé le mouvement, mais c’est comme ça que tout a débuté. On a réalisé qu’il y avait une entraide entre les artistes belges et que le public suivait. Les groupes ont commencé à passer en radio, les médias ont suivi - un peu tard selon nous - parce qu’ils se sont rendus compte que les gens commençaient à acheter les albums, qu’ils allaient aux concerts, etc. De plus en plus de concerts avec des groupes belges à l’affiche étaient sold-out, ce qui n’arrivait pas avant. C’est cette solidarité qui a été à la base de tout ça et, donc, quand Belgorock nous a demandé de venir jouer, on a immédiatement accepté. On l’a refait pour Sink également par après (ndlr : le groupe namurois Sink s’est aussi fait voler l’ensemble de son matériel, voir ici), c’est tout à fait normal.

- On vous a aussi vu en première ligne dans l’affaire Ducarme. Je pense que les scènes étrangères ne sont pas aussi solidaires, elles sont plutôt divisées.

- Oui, mais ça c’est la Belgique. C’est tellement petit et tout le monde se connaît, ce n’est pas dans notre mentalité de taper l’un sur l’autre et de faire des coups dans le dos. Je ne parle pas des labels et des distributeurs, là c’est autre chose, car pour eux il s’agit essentiellement d’argent. Nous, c’est la musique. Au vu de la reconnaissance des gens, on commence à être plus à l’aise, on a moins de difficultés à trouver des concerts. Tout ceci fait que quand il faut être solidaires, nous le sommes. Je pense que ce n’est pas propre à la musique. Dans le théâtre c’est pareil. Dans les arts plastiques également. A partir du moment où il y a vraiment une injustice ou un truc qu’il faut dénoncer, on est prêts à le faire. Attention, il y a aussi des gens qui ne veulent pas se mouiller. Pour l’affaire Ducarme, j’en connais qui m’ont dit qu’ils n’avaient pas envie de monter au créneau parce qu’ils ne faisaient pas de politique. D’autres disent que c’est lié et prennent position.

- C’est vrai, certains groupes sont beaucoup plus politisés que d’autres. Yel, par exemple, va encore plus loin que vous sur certaines positions… C’est un groupe avec lequel tu as des atomes crochus ?

- Non.

- Non ?

- Non. On se croise, on se dit bonjour, mais c’est tout… C’est du bon voisinage, on va dire.

- Quand les médias parlent de la nouvelle scène belge, c’est presque toujours les trois mêmes noms qui reviennent : Girls in Hawaii, Sharko et Ghinzu. On parle beaucoup moins de Showstar. Pourtant, vous n’avez pas grand-chose à leur envier. Ca ne te laisse pas un goût un peu amer ?

- Si, bien sûr. Mais il faut voir qui pousse derrière. Grâce à la découverte de dEUS, Bang a un poids certain dans le milieu de la musique indépendante en Belgique. Crois bien qu’ils en usent. Pour ce qui est de la presse, c’est encore plus vicieux. Tu sais comment les Hollywood Porn Stars, qui jouaient après nous à Dour, ont fait pour avoir leur photo dans la Dernière Heure du lendemain ?

- Oui, ils ont donné un t-shirt du groupe à Luc Lorfèvre. J’ai entendu une fille de leur équipe se vanter de ce marchandage auprès des guitaristes, Anthony et Redboy.

- Voila. Ce genre de petits jeux, ce n’est pas du tout notre style. S’il faut faire ça pour avoir un bon papier et une photo dans La Libre ou la DH, c’est vraiment dommage. Je tiens toutefois à préciser que je n’ai rien contre les Hollywood Porn Stars. Ils étaient hier à Visé. Ils ne jouaient pas, mais ils sont venus nous dire un petit bonjour et on a bu quelques verres ensemble. Ils sont très sympas.

- Quel sera, selon toi, le prochain groupe belge à percer ? On parle beaucoup d’Austin Lace qui sortira bientôt un nouvel album.

- Je n’y crois plus trop. On parle beaucoup d’Austin Lace car ils sont signés chez 62TV Records et que 62TV, c’est Bang. Les gars sont sympas et j’aime quelques-unes de leurs chansons mais ils étaient déjà appelés à devenir énormes quand leur premier album est sorti, et ça ne s’est pas produit. A vrai dire, je ne vois plus de groupes belges susceptibles de vraiment émerger à court terme.

- Avant de parler du deuxième album de Showstar, revenons quelques instants sur le premier, We are ready, que le public français va bientôt découvrir. Je suis frappé par les paroles. Il y a un réel contraste entre un titre conquérant et revendicatif comme la plage d’ouverture, I am back, et le climat de désillusion du dernier morceau, Masquerade. Comment s’est passé le processus d’écriture, entre des titres à l’atmosphère aussi différente ?

- Je pense que c’est simple. Nous ne sommes pas un groupe ayant de fortes revendications politiques ou autres. Nos chansons parlent de la vie de tous les jours et reflètent les humeurs de chacun. Il y a des jours où on a envie de dire « je vous emmerde tous » et d’autres où on est plus introspectifs. Il ne faut pas aller chercher trop loin la signification des paroles. Comme tu le disais, il y a beaucoup de second degré, mais aussi d’ironie, de cynisme et d’autodérision.

- Sur l’album, il y a une chanson qui s’appelle Little bastard. C’est, selon moi, peut-être le meilleur morceau jamais écrit par un groupe belge. Il y est question de James Dean. C’est un modèle pour toi, ou une idole ?

- Non, pas du tout. A vrai dire, les textes de cette chanson ne sont pas de moi. En ce qui me concerne, je n’ai aucune vénération pour James Dean, mais j’apprécie l’ambiance du personnage, à la fois flamboyant et obscur. C’est le côté double-face de la vie de tous les jours. Parfois tu aimes quelqu’un, tu es à genoux devant lui, puis tu le rencontres et c’est un vrai con. Je n’ai pas rencontré James Dean de son vivant, bien sûr, mais c’est un peu l’image qu’on donne de lui. C’est toujours les mêmes photos qu’on voit, on ne l’a jamais vu au saut du lit... S’il y a quelque chose à retenir, c’est bien ça. Il ne faut pas croire que les gens n’ont qu’une seule facette.

- La vidéo de ce morceau est très réussie également, très fun, mais avec un message quand même. Qui en a eu l’idée ?

- C’est un mélange de plusieurs idées, on est allé dans plein de directions. On ne souhaitait pas faire une course de voitures, évidemment… Ce casque a marqué plein de gens, mais c’est simplement un rappel, peut-être un peu idiot, de la base de la chanson. On avait envie de marquer le coup et de réaliser un clip qui soit beau visuellement et qui raconte quelque chose… Si on gratte un peu, il y a un message. Mais il ne faut pas trop gratter non plus.

- Qu’est-ce que tu peux nous dire sur l’avenir, et donc le deuxième album ?

- Pour l’instant, il y a deux ou trois morceaux qui commencent à prendre de l’envergure et que nous jouons en concert. Nous avons joué environ une soixantaine de dates depuis un an et demi et nous allons prendre un break. On va recommencer à écrire des chansons et voir un peu dans quelle direction on veut aller car nous n’écoutons plus forcément les mêmes choses qu’il y a cinq ans.

- Qui sera le producteur du deuxième album ?

- Aucune idée, on veut d’abord écrire les chansons.

- Vous avez déjà une idée de quand le disque sortira ?

- Pas vraiment. Je pense que le timing, c’est plutôt une idée de labels et de distributeurs... En ce qui me concerne, je ne crois pas que ce sera avant fin 2005.

- Votre label vous a promis davantage de moyens ?

- Non. Ca restera de l’ordre du petit label indépendant en Belgique : pas de superproduction, pas de nom de producteur flamboyant, pas de studio avec piscine. Je crois que tout le monde sait que les labels ont beaucoup de difficultés en ce moment. Ils vendent de moins en moins de diques, à cause des téléchargements. Mais tu sais, on n’a pas trop de prétentions. On fait notre truc et on espère que notre deuxième album sera meilleur que le premier. Tant mieux si c’est le cas, tant mieux si on peut voir plus haut, c’est le désir de tous les artistes, mais il faut savoir rester les pieds sur terre. Et je pense que Showstar est un groupe qui a vraiment bien les pieds sur terre, quoi que certains puissent en penser. Tout le monde peut venir nous trouver avant ou après les concerts pour en juger.

- Le dernier thème que je voudrais aborder, c’est les influences de Showstar. Comme vous êtes six, on devine aisément qu’elles sont multiples. Toi, Christophe, qu’est-ce qui t’a fait aimer la musique ?

- (Après un long silence...) Mon père. Il a toujours acheté beaucoup de disques et j’ai entendu beaucoup de musique à la maison. Puis quand j’ai commencé à sortir dans des bals de village, autour de Huy, la musique que j’entendais et la manière dont les DJ la jouait m’insupportaient. J’ai donc eu envie de m’y mettre et de le faire moi-même. Au début, je passais des disques pour les copains, puis ça a pris de l’ampleur et je suis devenu DJ, c’était vers 1989. J’ai animé des soirées devant plus de 600 personnes, une soirée après un concert de dEUS à Huy, ce genre de choses. Et puis un jour, mon frère qui jouait dans Showstar a l’époque et le guitariste sont venus me trouver. Ils cherchaient un chanteur et pensaient que je ferais bien l’affaire.

- Quand on dit que vous êtes des Pixies belges, qu’est-ce que ça te fait ?

- Ca me fait rigoler doucement. J’adore ce groupe, mais je ne trouve pas qu’on leur ressemble. Il y a évidemment des influences, c’est un groupe qu’on écoute beaucoup donc forcément ça rejaillit. Mais alors on peut en citer plein d’autres…

- Weezer par exemple ?

- Aussi, oui. C’est marrant que tu cites ces groupes-là qui sont Américains car l’étiquette qu’on a mis sur nous c’est « groupe anglais », mais ça me plait car ça veut bien dire que toutes ces étiquettes ne signifient rien.

- C’est vrai qu’on pourrait facilement vous confondre avec un groupe anglais…

- C’est parce que j’ai cette attitude de hooligan, cynique, décalé, etc. On m’a dit un jour que j’étais un croisement entre Liam Gallagher et Mr. Bean… (Rires)

- Ce n’est pas bête comme comparaison...

- Si on veut. Mais c’est vrai que nos principales influences viennent de là. Ca va des Beatles aux Sex Pistols, en passant par des trucs plus récents comme Six By Seven, plus obscur mais qu’on adore, ou toute la vague brit-pop avec Supergrass, etc, la noisy de My Bloody Valentine aussi. Je pourrais en citer des millions.

- Si je te dit qu’au niveau du chant, Wintertime me fait penser au Placebo du premier album, ça te surprend ?

- Oui, je n’aurais pas dit celle-là. Mais c’est une question de timbre de voix. Et ça m’étonne car je ne me considère pas comme un chanteur. Je suis un saltimbanque... On est sur scène, éclairés par des lumières, et ça nous confère un statut particulier. Mais chacun y met ce qu’il a envie de voir. Tant mieux si on dit que je suis un clown, tant mieux si on dit qu’on ne me supporte pas car je suis trop antipathique. Ca ne laisse pas indifférent et c’est le principal.

- Showstar utilise une trompette, ce qui est très rare pour un groupe de rock. Peux-tu m’expliquer comment le trompettiste, Pierre Donnay, a rejoint votre line-up ?

- C’est une histoire féerique. (Rires). Lors de l’enregistrement du premier 4 titres, on avait un morceau à la fois pop et frais qu’on souhaitait enrichir. L’un de nous a pensé à une trompette, s’inspirant de ce que font les Boo Radleys et le groupe américain Beulah. On nous a recommandé un trompettiste, et c’était Pierre. Il a directement compris ce que nous voulions et a composé quelque chose de très sympa. Ensuite, il fallait reproduire ça en concert et on lui proposé de faire partie du groupe. Pour lui c’était assez inattendu car il faut savoir que le rock, ce n’était pas du tout son truc. Il a une formation classique, joue de l’orgue dans les églises, chante a capella,… Il a néanmoins accepté. Son apport donne encore un côté plus décalé à ce que nous faisons et je pense que c’est vraiment un plus.

- J’ai lu quelque part que si Showstar était basé à Manchester ou à Liverpool, on parlerait de vous toutes les semaines dans le NME.

- (Rires) De un, je pense que ça ne dépendrait pas de nous. Ce serait un label ou des lobbys musicaux qui pousseraient derrière. De deux, j’espère qu’on n’en pâtirait pas. De trois, je pense que ça ne durerait pas longtemps car le principe du NME c’est d’être éphémère. Alors, je préfère qu’on ne parle pas de Showstar dans le NME mais que le groupe puisse durer.

- Merci !

Sound & Vision : www.showstar.be





Jérôme Delvaux