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Body Count : "Cop killer / Body Count"
Nique la police !

mercredi 12 juillet 2006, par Marc Lenglet

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A une époque où les interactions entre rap et rock cessaient progressivement d’être considérées comme des alliances contre-nature, le célèbre rappeur Ice-T sauta dans le train lancé à pleine vitesse du crossover, et mit sur pied le redoutable combo Body Count. En dépit d’une réelle réussite de la brutale mixture et de quelques morceaux mémorables, on se souvient principalement de Body Count pour le scandale dont se rendit coupable son premier brûlot, en 1991.

Musicalement, Body Count tient son rang sans difficultés en tant que pur représentant d’un metal burné bien dans l’esprit dans cette époque (finissante ceci dit, l’époque...), un metal aussi démonstratif que technique, rempli de soli héroïques et coléreux, un metal auquel, contre toute attente, le flow furieux de l’Iceberg s’accorde à la perfection. Tout éléctrique dans sa forme qu’il soit, on retrouve évidemment de nombreux gimmicks qui raccrochent sans hésitation Body Count à l’univers du rap et plus précisément, à ce qui allait devenir le gangsta rap : présentation du crew, première piste en forme de mantra pour chauffer la salle (Body Count’s in the house), accent mis sur la violence et le sexe, débit de parole ultra rapide et épais accent afro-américain. Bien qu’en partie à la genèse de ce mouvement, du moins au niveau des thématiques générales et de l’atmosphère, Ice-T ne se limita jamais à cette description complaisante des magouilles et des valeurs machistes et intolérantes de la rue qu’on rencontra trop souvent par la suite. L’entité Body Count ne fut jamais qu’un vecteur pour son activisme social et politique.

Ayant passé sa jeunesse dans le tristement célèbre quartier de South Central, à Los Angeles, Ice-T disposait de tout le background nécessaire pour décrire en musique la détresse et la colère du ghetto (à une époque où le rap à succès avait encore en majorité cette vocation, et non celle d’étaler sa collection de voitures et de pouffiasses) Le racisme, d’où qu’il vienne et quelle que soit sa cible (KKK Bitch et Momma’s gotta die tonight en parfaites pistes miroirs...), ou les provocations policières à l’endroit des minorités ethniques sont l’objet de la principale vindicte de Body Count, et de ses dérapages verbaux plein de haine, qui furent considérées comme des incitations au meurtre à l’endroit des forces de l’ordre américaines.

Car plus que son excellente qualité intrinsèque, ce qui fit entrer cet album dans l’histoire fut la mèche allumée par sa chanson-vedette, Cop killer, brûlot anti-flics aussi outrancier que sanguinolent. Il est vrai que la sortie de l’album n’aurait pas pu plus mal - ou mieux - tomber. Quelques semaines après sa mise en vente sur le marché, un jury acquittait les quatre policiers blancs qui avaient été filmés en train de tabasser Rodney King sur un parking d’autoroute, et les plus violentes émeutes raciales depuis les années 60 éclataient à Los Angeles. Il n’en fallait pas davantage pour que l’album de Body Count soit accusé de contribuer à échauffer les esprits. Un débat enflammé éclata dans tout le pays sur ce qu’il était permis d’exprimer ou non en musique et, plus généralement, sur les limites de la liberté d’expression. Ligues parentales et syndicats policiers répondirent à l’outrage par la censure, tandis que les défenseurs de la cause arguaient de la portée symbolique de toute œuvre musicale pour justifier les débordements verbaux du rappeur. Ice-T lui même prit part aux discussions, expliquant que comme tout artiste, il se plaçait d’un point de vue fictif pour s’exprimer en musique, et qu’à ce titre, il ne se sentait pas personnellement impliqué dans les déclarations portées par la chanson. Et pour conclure sur un bon mot final, histoire de se mettre les rieurs de son côté, il fit part de certaines suppositions, comme quoi ceux qui estimaient qu’il était réellement un "tueur de flics" potentiel devaient également penser que David Bowie était un véritable astronaute...

Rien n’y fit : les menaces de rétorsion, financières comme physiques, adressées à Warner Music, eurent rapidement raison de la volonté de ces derniers de soutenir leur trublion politiquement incorrect. L’album fut promptement retiré des étals et ressortit en version « allégée » sous le nom de Body Count, amputé de sa dernière chanson. Ice-T prit néanmoins la décision de remplacer le morceau incriminé par un de ses anciens titres, Freedom of speech, composé en réaction à la mise en place par Tipper Gore (épouse d’Al Gore, déjà célèbre pour sa lutte contre certains groupes de hard rock des années 80) des fameux autocollants Explicit content. Nécessité faisant loi, Freedom of speech est une sympathique entourloupe qui permit à Ice-T de se plier sans renier la moindre parcelle ses convictions.

Même s’il a aujourd’hui perdu de son odeur de soufre, Body count n’en reste pas moins une des meilleurs symbioses de rap et de metal du début des années 90, et l’un des albums les plus virulents et outranciers de sa génération. Amateurs de violence sans compromis, de thématiques urbaines et de metal ultra-rapide, Body count est fait pour vous.



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Marc Lenglet





Il y a 3 contribution(s) au forum.

Body Count : "Cop killer / Body Count"
(1/2) 12 juillet 2006, par Uncle Luke
Body Count : "Cop killer / Body Count"
(2/2) 12 juillet 2006, par Fabrice




Body Count : "Cop killer / Body Count"

12 juillet 2006, par Uncle Luke [retour au début des forums]

"Cop Killer", musicalement, était un grand moment (ah, les rafales de batterie avant le refrain !).

Mais ma préférée reste "Evil Dick", je suis tordu de rire à chaque fois que je l’entends. C’est l’un des plus beaux hymnes à notre membre viril que je connaisse.

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Body Count : "Cop killer / Body Count"

12 juillet 2006, par Fabrice [retour au début des forums]

Ice T= http://www.youtube.com/watch?v=srfY...
Y a pas mieux

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