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Dream Theater : "Metropolis Pt. 2 : Scenes from a memory"
Le fond et la forme

samedi 4 juin 2005, par Geoffroy Bodart

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Nicholas est hanté chaque nuit par des rêves dans lesquels il se voit mis en en scène dans une autre vie, dans un autre corps. Ces cauchemars tout à la fois intriguants et attirants s’enchaînent de manière récurrente, mais la fin lui est toujours masquée. Une jeune fille dans un miroir s’adresse à lui. Les bribes de ces souvenirs font émerger en lui des doutes quant à sa véritable identité. Décidé à percer le mystère de ses rêves, il se rend chez un hypnothérapiste...

A peine Nicholas a-t-il permis à son esprit de s’évader de son corps qu’il se retrouve en 1928. Inexplicablement, il se sent lié à une jeune fille qu’il ne connaît pas, et qui répond au nom de Victoria Page. Il découvre alors que celle-ci a été assassinée dans des circonstances qui n’ont à ce jour pas été éclaircies, son présumé assassin s’étant donné la mort après avoir commis l’irréparable. Il découvre peu à peu l’histoire d’amour impossible à l’origine du drame. Amoureuse de Julian Baynes, un homme que la folie envahissait peu à peu et qui était aspiré dans une spirale de violence, Victoria chercha désespérément secours auprès du frère de son aimé, Edward. Jaloux de la passion qui unissait Victoria à Julian, tenté par la perspective que leur amour était fini, et pouvait permettre l’éclosion d’une nouvelle idylle entre lui et la jeune femme, Edward s’engouffra dans un amour possessif et destructeur, s’abandonna au déshonneur et à la passion. Julian, éperdu et sous l’emprise de la violence suintant littéralement de la Métropole, aurait alors tué Victoria avant de se suicider. En découvrant peu à peu les événements qui ont conduit à cette tragédie, Nicholas se sent bouleversé plus que de raison, dort de moins en moins, toujours assailli de cauchemars. Il sent en lui un vide semblable à celui qu’aurait laissé la disparition d’un être aimé. Aidé par l’hypnothérapiste, Nicholas comprend qu’il est habité par l’esprit de Victoria Page, et qu’il revit sa vie, et les événements ayant conduit à son meurtre. Il revit une histoire d’amour qui n’est pas la sienne, il revit une histoire de vengeance, de trahison, de passion, de folie et de fratricide. Cette révélation lui permet de comprendre que la mort n’est pas la fin, mais seulement une transition, et que l’esprit survit au corps. Emancipé de ses craintes Nicholas résoud alors le mystère entourant la tragique disparition de la jeune femme, et découvre que le véritable assassin de Victoria n’est pas Julian Baynes, mais son frère Edward. Malgré la violence qui s’emparait de Julian, Victoria ne put renoncer à l’aimer, et renonça à Edward. Fou de jalousie, celui-ci préféra assassiner Victoria et son frère. Pensant retrouver une vie normale en assumant sa vie passée qu’il connaît désormais, Nicholas s’en retourne chez lui, mais...

Voici résumée la trame de cet extraordinaire album conceptuel qu’est Metropolis, pt2 : Scenes from a Memory. Défiant les lois de la narration, les New-Yorkais de Dream Theater nous offrent un scénario retors à souhait, sujet à de multiples interprétations. Car c’est bien d’un scénario qu’il s’agit ici. Le livret de l’album se lit comme un roman, supporté non seulement par la musique, mais également par toute une série de bruits (crissements de pas dans le gravier, coups de feu, etc.) exposant les faits. Le tour de force du groupe étant de nous faire croire que l’histoire se termine une fois que la musique, tel un fondu au noir, s’est évaporée, alors qu’en fait, usant uniquement de bruitages divers et très précis, Dream Theater nous offre un coup de théâtre final, sur lequel les fans n’ont pas fini de se perdre en conjectures et interprétations diverses pour en saisir le sens.

Avant de s’attaquer au contenu de cette galette, revenons un petit peu sur sa genèse. Sur leur premier grand album, Images and Words, il y avait le titre Metropolis, pt 1. Ce titre alambiqué, devenu instantanément culte, a déchaîné les passions chez les fans qui ont harcelé le groupe pour savoir quand arriverait la suite. A leur grand désarroi, le groupe avoua que le "pt 1" dont question n’était qu’une blague entre les membres, et qu’une suite à cette chanson n’était pas à l’ordre du jour. L’idée fit toutefois son chemin dans la tête des compères qui se mirent à travailler sur une suite. Il devint rapidement évident qu’une chanson ne suffirait pas pour retranscrire toutes les idées qui germaient en eux et le concept fut retravaillé pour donner naissance à l’album. Ayant acquis une certaine notoriété au sein de leur maison de disque, la bande à Portnoy obtint que soit conservé le secret le plus absolu autour du titre de l’album et de son contenu. Imaginez un peu les yeux bouffis et plein de larmes des fans découvrant que leur voeu a été exaucé, qu’une suite a été apportée à Metropolis, pt. 1, et que cette suite, c’est un album !

Voilà pour le fond. Pour la forme, ces cinq surdoués se sont véritablement surpassés, tant au niveau des compositions que de l’agencement des titres. S’agissant de la suite d’un ancien titre, on retrouve ici et là divers passages rappelant Metropolis, pt1, comme une ligne de chant, un riff, etc. Mais bien plus que de répéter une formule déjà éprouvée et de décliner un morceau que les fans connaissent par coeur, Dream Theater nous offre des morceaux de bravoure sans pareils, des thèmes qui sont depuis devenus des standards. Les influences majeures sur cet album sont évidemment les indécrottables Pink Floyd et Metallica.

Tout n’est cependant pas parfait, aussi, pour ne pas gâcher le plaisir en terminant sur une note négative, on va commencer par le chapitre des moments les plus dispensables. The Spirit Carries On, tout d’abord, est outrageusement pompeux. Le groupe en fait des tonnes et le ras-le-bol se fait vite sentir. Il y a le choeur gospel et ses dégoûlinants "Oh Aouw Aouw Oh Yeah", mais il y a surtout cet infernal solo absolument interminable durant lequel John Petrucci martyrise sa guitare tant qu’il peut pour lui arracher des notes qu’il voudrait profondes. Raté. Il faudra expliquer au monsieur que le feeling, ça ne s’arrache pas au forceps. C’est d’autant plus dommage que le bonhomme a déjà prouvé (tant sur cet album que sur les précédents), qu’il est capable de grands moments (je pense en vrac au final de Learning to Live, à A Change of Seasons, à Voices). Ensuite, il y a Beyond this Life, qui m’horripile encore un peu plus à chaque écoute. Je n’aime pas le riff, et le groupe le décline pendant plus de dix minutes de trois cents façons différentes. C’est dur. Enfin, Dance of Eternity est trop démonstratif. Pur branlage de manche, ce titre est épuisant et dénué de toute sensibilité. Je sais que je vais me faire trucider, mais pour moi, le meilleur instrumental de Dream Theater, c’est Hell’s Kitchen. Voilà, c’est dit !

Au rang des tout grands moments, on notera l’enchaînement de Overture 1928 et Strange déjà-vu, fabuleux morceau de rock comme on les aime, enchaînant sans temps morts soli, riffs et chant rageur (les détracteurs de James La Brie en seront ici pour leur frais, tant son chant est puissant et adéquat). Fatal Tragedy a également cette capacité à nous faire baver d’extase. Le final est absolument extraordinaire et prouve qu’incorporer Jordan Rudess, claviériste absolument déjanté et virtuose, était la meilleure idée qu’a eue le groupe pour redorer son blason de pape du metal-prog, terni après le plus accessible mais néanmoins excellent Falling into Infinity. Home, également, avec son introduction glauque à souhait, son riff digne des four horsemen, et ses lignes de chant comptant parmi les meilleures de l’album. Et comment ne pas mentionner Finally Free ? Comment taire ce monument de talent et d’émotion ? Comment ne pas frissonner devant les lamentations déchirantes de La Brie, et les envolées de Petrucci ? Comment faire conserver à son coeur un rythme normal alors que Mike Portnoy brise toutes les lois de la physique avec un solo de batterie qui rentrera dans les annales (à écouter d’urgence : la version de cette chanson sur leur Live Scenes From New-York) ? Ce n’est pas possible, je suis bien d’accord avec vous.

Allez, du calme, s’il-vous-plaît ! Je sais bien que Dance of Eternity est génialissime et que je n’ai rien saisi à la subtilité de la chose. Et en plus, j’ai rien compris à l’histoire ! Et La Brie, il chante mal ! Et de quel droit je me permets de donner des leçons à John Petrucci, moi qui ne joue même pas de la guitare ? Et Falling into Infinity, il était à chier ! Et Rudess, il vaut pas Moore ! Vous voyez, je vous mâche le travail. Alors, si vous n’avez rien d’autre à dire que ce que j’ai écrit ci-dessus, ou quelque chose d’approchant, abstenez-vous, car au final, nous adorons tous cet album !



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Geoffroy Bodart





Il y a 7 contribution(s) au forum.

Dream Theater : "Metropolis Pt. 2 : Scenes from a memory"
(1/4) 16 février 2013
Dream Theater : "Metropolis Pt. 2 : Scenes from a memory"
(2/4) 16 janvier 2007, par Dams
Dream Theater : "Metropolis Pt. 2 : Scenes from a memory"
(3/4) 22 octobre 2006
> Dream Theater : "Metropolis Pt. 2 : Scenes from a memory"
(4/4) 4 juin 2005, par Badrock




Dream Theater : "Metropolis Pt. 2 : Scenes from a memory"

16 février 2013 [retour au début des forums]

Le solo de "Spirit carries on" est absolument génial, c’est du grand Petrucci !!

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Dream Theater : "Metropolis Pt. 2 : Scenes from a memory"

16 janvier 2007, par Dams [retour au début des forums]

Ayant découvert Dream Theater par le dernier album, Octavarium, qui dans son genre, m’avait bien plu, j’ai donc cherché quelques albums précédents. Dans mon entourage, plusieurs personnes m’avaient dit que Metropolis Pt2 était un des albums les plus représentatifs de la quintessence de Dream Theater. Ce qui est vrai en écoutant plusieurs fois cet album. A tel point qu’Octavarium donne l’impression d’un album moins "travaillé". Encore que ce n’est pas le bon terme ; plus simple, on va dire.
Déjà l’idée du concept album cela apporte une dimension supplémentaire à l’album. Il apparaitrait presque inconcevable de commencer au milieu de l’album, tout du moins quand on n’a pas encore saisi toute l’histoire (en lisant attentivement le livret des paroles), complexe à souhait. D’ailleurs on s’interroge toujours sur le final de cet album et surtout son sens... Enfin, ce n’est pas le plus important.

Si la plupart des compos reflètent bien mon propos (j’aime vraiment cet album), il y a comme partout et sur tout album des points plus décevants / agaçants (rayer la mention inutile). Celui qui m’a sauté le plus aux oreilles vient de deux séquences de clavier sur Beyond This Life (8:25 et 8:45). Mais c’est quoi ce clavier midi à la noix ? Pour un peu j’avais l’impression d’entendre un morceau de synthé sur une vieille Sound Blaster 16 sans wavetable. Bouark. Mis à part cela, il y a évidemment The Spirit Carries On, qui tache un peu à côté des autres morceaux, autant sur le son (une petite baladounette) que sur les paroles. Oui, c’est pour faire une conclusion nécessaire à l’histoire, enfin ce ne sont pas (et heureusement) des violons hollywoodiens que l’on entend. En revanche, le dernier morceau, Finally Free est vraiment à la hauteur des espérances, c’est du bon, c’est du grand, on sentirait presque une pointe d’émotion, une fois qu’on a bien saisi l’histoire. Les vingt dernières secondes de craquements m’ont laissé perplexe, j’ai cru à un moment que mon CD avait un problème. Ah non, c’est normal... pourquoi ? On se perd en conjectures.

Un album en tout cas qui fonctionne bien, qu’on a plaisir à écouter et écouter encore

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Dream Theater : "Metropolis Pt. 2 : Scenes from a memory"

22 octobre 2006 [retour au début des forums]

Pour moi "Scene From A Memory" est le meilleur album de "Dream Theater". "Finally Free" est tout simplement génial. Et j’ai remarqué que plusieur fesait mension a "Fatal Tragedy" qui très bonne aussi ! Et "Home"... Que dire... La meilleur chanson de "Dream Theater" ? PLusieur personnes me dirait que non. Mais réécouter la, mais avec une autre oreille (si vous avez écouter "Metropolis Pt.1" biensur) vous pourrez remarqué que l’on peut remarque le Main Riff de "Metropolis Pt.1" et le Refrain est pratiquement le même. Et pour le Bridge, il fait beaucoup pencé au solo de "Metropolis Pt.1". Et que dire de son solo ("Home") ? Rapide, Mélodique, Technique, en fait se solo est tout simplement un des meilleur solo de guitare de "Dream Theater" ! (Pour moi). Voila se que je pense de l’album "Scene From A Memory" de "Dream Theater".

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> Dream Theater : "Metropolis Pt. 2 : Scenes from a memory"

4 juin 2005, par Badrock [retour au début des forums]

Juste pour ajouter que The spirit carries on est un très très bon titre, surtout sur le Live from NY...

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    > Dream Theater : "Metropolis Pt. 2 : Scenes from a memory"

    6 octobre 2005, par kamixave [retour au début des forums]


    Juste pour ajouter que The Spirit Carries On est surtout une fausse fin... Donc le côté fin de film-fanfard, faut aussi le replacer dans la chronologie de l’album :) Nicholas il est bien content, il trouve son anti-dépresseur perso ("If I die tomorrow, I’ll be alright, because I believe...") qui sert de réponse à tout, dans l’Absolu. Et pis si sa quête n’est pas fini, son calvaire à proprement parlé, son malaise, ça c’est fini. Belle fin :)
    Oui mais non, c’est pas la fin : Finally Free va carrement bousculer le côté pompeux et ultra-optimiste de l’avant dernière chanson... Et va se définir par rapport à elle. Résultat : si on apprécie la finnesse tant musicale que poétique de Finally free, c’est en partie par rapport à ce qu’on avait entendu avant, par rapport à toutes ces certitudes qu’on nous avait débiter. Faut aussi voir The Spirit Carries On comme ça...
    Sinon j’trouve que c’est une jolie chanson :) pas la meilleur de l’album, pas la plus fine... mais jolie.

    Et pour l’album en lui-même, bah c’est du génial ^^

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      > Dream Theater : "Metropolis Pt. 2 : Scenes from a memory"

      25 octobre 2005 [retour au début des forums]


      J’suis bien d’accord avec le monsieur qui a dit que "The spirit carries on"est important pour l’histoire ^^.
      Mais moi je l’adore pour toute l’émotion qu’elle dégage, à l’inverse de "Through her eyes", les choeurs ont été utilisé de façon intelligente. L’Emotion qu’elle dégage me fait toujours un petit quelque chose...
      J’voulais aussi parler de "The dance of Eternity", qui est pour moi une oeuvre majeure de l’album. J’aborde les différents thèmes. Il y’a déjà à partir de 2min, cette partie que l’on trouve brièvement dans "stange deja vu", qui est développée ici. Et tant mieux pour moi ^^. La mélodie est typiquement "made in DT", extrement jouissive, puis ce thème est conclu avec brio par Rudess en un solo jazzy. Ensuite j’voulais parlé du solo de bass que l’on trouve dans "the dance of eternity", pourquoi me fait il plaisir ? parce qu’il fait référence au solo de bass tapping que l’on trouve dans "Metropolis party 1" ^^. Mais encore ! Dans ce même morceau il n’y pas que cette phase tapping pour faire référence à la "party 1", elles y sont nombreuses ! Voilà pourquoi ce morceau compte énormément pour moi.
      A part ça, j’vais pas faire de blabla sur l’album, si ce n’est que ma préférée reste "fatal tragedy", qui montre le nouveau visage de DT à l’époque avec Rudess, et jtrouve ça très très bon.
      Bon et pour "falling into infinity", j’ai adoré aussi, principalement pour "trial of tears" et "hell’s kitchen" qui est pour moi le meilleur instrumental de DT, (tu n’es pas seul). N’en demeure pas moins que, "the dance of eternity", c’est géant.

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        > Dream Theater : "Metropolis Pt. 2 : Scenes from a memory"

        26 octobre 2005, par Geoffroy Bodart [retour au début des forums]


        A propos de The Spirit Carries On : je souscris tout à fait à la très pertinente interprétation ci-dessus. J’ajouterais même qu’en poussant un peu plus loin le bouchon, on aurait pu faire de Finally Free une ghost-track, afin de vraiment faire croire que The Spirit est la fin de l’album et de l’histoire. Cela n’empêche toutefois pas que, une fois sortie du contexte, cette chanson est pompante. Et maintenant que je connais (ou crois connaître) cet album sur le bout des doigts, je la skippe à chaque fois. Mais j’admets que sa grandiloquence est justifiée au regard du concept.

        A propos de Dance of Eternity : encore une fois, c’est le concept même de l’album qui justifie ces allées et venues incessantes entre pt 1 et des morceaux de pt 2. Mais même si, d’un certain point de vue, cela légitime cette démonstration technique, il n’en reste pas moins que ce titre m’épuise.

        Je trouve intéressantes ces remarques à propos de ces deux titres, car elles montrent que, dans un disque conceptuel aussi fouillé, on est prêt à passer l’éponge sur certains défauts, dès lors qu’on parvient à les justifier en raison de leur intégration dans le concept. Un peu comme on s’émerveille devant le chant pathétique de Waters sur Empty Spaces dans l’album The Wall.

        Il n’y a plus qu’à attendre que Kyo nous ponde un album conceptuel sur la médiocrité musicale...

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